


1-
INTERVIEW
DIÈNE FARBA SARR, CONSEILLER
SPÉCIAL DU PREMIER MINISTRE
«En
cinq ans, l'Etat a investi près
de 550 milliards de FCfa dans les grands
travaux et ouvrages»
Ce
sont des travaux d'envergure qui ont
été lancés dans
la capitale sénégalaise
depuis cinq ans. Une vision du président
Wade concrétisée par son
Premier ministre, Macky Sall. M. Diène
Farba Sarr, conseiller spécial
de M. Sall, chargé du suivi de
l'exécution des Grands projets
et Programmes du gouvernement, témoigne
du grand bond enregistré dans
leur réalisation depuis près
de deux ans. Autoroute à péage,
échangeurs, constructions de
routes et rénovation du parc
existant, la liste des projets est longue,
que ce soit aussi bien en matière
de chemins de fer ou d'infrastructures
maritimes. Dans cet entretien exclusif,
Diène Farba Sarr dresse le bilan.
Qu'entend-on
par grands projets et programmes du
gouvernement dont vous avez la charge
de suivre l'exécution à
la primature ?
Les grands projets, ce sont les projets
d'infrastructures. Il s'agit de l'aéroport
de Ndiass et de l'autoroute à
péage qui sont pilotés
par l'Apix. Il y a aussi les programmes
initiés dans le cadre du Programme
d'amélioration de la mobilité
urbaine (Pamu) qui est en grande partie
piloté par le ministère
des Infrastructures, de l'Equipement,
des Transports terrestres et des Transports
maritimes intérieurs.
Quel
est le contexte qui a mené à
l'élaboration de ces grands projets
et programmes du gouvernement ?
Pour
évoquer ce contexte, je voudrais
d'abord vous parler du président
de la République, Me Abdoulaye
Wade. Il a une grande vision pour le
Sénégal. Un président
qui veut voir un Sénégal
émergent. C'est pourquoi, quand
il est arrivé au pouvoir, le
19 mars 2000, il a mis l'accent sur
le cadre macro-économique des
transports d'abord qui recouvre essentiellement
le problème de la mobilité
urbaine.
De 2001 jusqu'en 2003, les projets étaient
un peu stagnants ; ils ne poussaient
pas. Mais, avec l'avènement du
Premier ministre Macky Sall qui, pour
concrétiser d'une manière
significative la vision du président
de la République, a créé
au niveau de la Primature un Bureau
de suivi de l'exécution des grands
projets et programmes du gouvernement.
C'est pour pouvoir, dans une vision
transversale, suivre d'une manière
journalière tous les projets
du chef de l'Etat, en vue d'enrayer
les contraintes administratives, financières,
domaniale et juridiques qui se posent
à leur exécution correcte
et de respecter les délais qui
étaient pré-établis
dans le discours de Politique générale
du Premier ministre. Parce que nous
sommes en position transversale ; et
donc, nous pouvons actionner des leviers
à différents niveaux pour
régler ces questions-là.
C'est cela que nous avons fait. Et c'est
pourquoi les projets sont nés
actuellement. On les voit sortir de
terre. Et ça, c'est depuis l'avènement
de Macky Sall. Cela mérite d'être
précisé.
Désormais, il s'avère
important, conformément à
la politique de développement
des infrastructures de base, de renforcer
les infrastructures routières,
notamment à travers le programme
de mobilité urbaine. Pour pallier
l'absence de sites industriels aménagés
à Dakar, dans le cadre de l'initiative
américaine du Millenium Challenge
Account (Mca), il s'agira de réaliser
à Diamniadio, à une trentaine
de kilomètres de Dakar, sur un
site de 2.500 ha, une plate-forme destinée
à accueillir de nouvelles activités
industrielles et commerciales. Cela
permettra la délocalisation des
activités industrielles ou commerciales
existantes pour leur assurer de meilleures
opportunités de développement.
Aussi, Diamniadio sera le pôle
industriel du Sénégal
et de la sous-région ; tandis
que Dakar sera transformé en
un grand centre d'affaires. Cet ambitieux
projet potentialise au moins quatre
des grands chantiers du président
Abdoulaye Wade, notamment l'autoroute
à péage Dakar-Thiès,
l'aéroport de Ndiass, le projet
de la nouvelle capitale administrative
et le port minéralier de Bargny.
Où
en est-on avec le projet d'aéroport
de Ndiass ?
Comme l'a dit le chef de l'Etat à
la veille du 1er janvier 2006, le Fonds
monétaire international (Fmi)
a levé toutes les objections
qui pouvaient jusque-là ralentir
le nouvel aéroport international
" Blaise Diagne " dont nous
allons, sans tarder, entamer la construction,
en partie financée par la Redevance
de développement des infrastructures
aéroportuaires déjà
entrée en vigueur. Donc, les
informations supplémentaires
vous seront données périodiquement
pour que vous puissiez suivre avec nous
la réalisation de ce gigantesque
ouvrage.
Par
rapport au Pamu, quel en est votre point
de vue concernant le débat sur
la paternité du projet ?
Ce
que je peux préciser par rapport
à cela est très simple.
Vous savez que quand quelque chose marche
très bien, les gens se l'approprient.
Mais, ce que je peux dire, c'est que
ce programme n'est rien d'autre qu'un
concept tiré du programme de
politique de transport en Afrique subsaharienne
depuis 1987 et piloté par la
Banque mondiale.
À l'orée des élections
de 2000, comme à ses habitudes,
le Parti socialiste, pour capter des
voix, est parti à la Banque mondiale
pour entamer des pré-négociations.
Mais, en réalité, la mise
en vigueur formelle de l'accord de financement
a eu lieu en mai 2001. Alors, les avant-projets
concernés par ce grand programme
furent revisités, corrigés,
redimensionnés, afin de prendre
forme. C'est ainsi que les coûts
réels ont été estimés,
parce que différents de ceux
qui avaient été calculés
dans la précipitation. Pour rendre
l'ensemble du projet faisable, le gouvernement
de l'Alternance a accepté de
supporter le coût cruel des indemnités
des personnes dont les actifs se situaient
irrégulièrement sur l'emprise
des ouvrages ultérieurs du Pamu.
En dehors de ce paiement des indemnités
des expropriés, le gouvernement
a participé, pour un montant
de 19,100 milliards au budget du Pamu
qui est évalué à
75 milliards. Là où la
Banque mondiale a mis 41 milliards,
l'Agence française de développement
6,7 milliards, le Fonds nordique de
développement 5,612 milliards
et l'Association de financement des
transports urbains (Aftu) 2,676 milliards.
Et puis, en dehors de sa contrepartie
de 19,100 milliards, l'Etat sénégalais,
à travers un Conseil interministériel,
a pris la décision de mettre
74 milliards dans le cadre du renforcement
du Pamu sous forme d'emprunt obligataire.
Au total, l'Etat sénégalais
a mis 93,100 milliards, là où
le bailleur a mis 52 milliards. Concernant
l'utilisation de ces 74 milliards, je
précise que les 44 milliards
sont destinés à financer
le premier tronçon " Malick
Sy-Patte d'Oie ", " Patte
d'Oie-Pikine ". Les 30 milliards
restants ont servi à renforcer
les autres composantes du Pamu que sont
la composante institutionnelle, la composante
" Leasing " qui signifie le
renouvellement des cars rapides, la
composante infrastructures et routes
et la composante chemin de fer.
Et
vous savez pourquoi les institutions
internationales financières aiment
bien le Sénégal ?
c'est
parce que justement le Sénégal
a presque financé sa mobilité
urbaine pour un taux de 70 %. C'est
pourquoi nous sommes beaucoup supportés
par les institutions financières.
Comment, le Parti socialiste peut-il
donc avoir le courage de revendiquer,
aujourd'hui, la paternité du
Pamu, alors qu'il n'avait pas l'argent
pour financer ce projet. Parce que le
Budget consolidé d'investissements
(Bci) n'a jamais servi, sous le Parti
socialiste, à financer une infrastructure.
Actuellement, le Sénégal
a pu renforcer la tendance, en utilisant
45 % de son budget pour l'investissement.
Et, à l'époque, on utilisait
80 % du budget pour le fonctionnement
et 20 % pour l'investissement. Le Sénégal
est maintenant et presque le seul pays
en Afrique de l'Ouest qui a utilisé
45 % de son budget pour l'investissement,
parce que nous sommes justement en bonne
santé financière et économique.
Le Ps ne pouvait pas le faire, parce
qu'il n'avait pas cette bonne santé
financière. Donc là, c'est
à préciser aussi.
Pouvez-vous
maintenant nous parier des réalisations
physiques du Gouvernement de l'alternance
?
Pour
les réalisations physiques, il
faut d'abord discerner les programmes
à travers lesquels ces financements
sont effectués : il s'agit essentiellement
du programme sectoriel des transports
(Pst), du programme d'amélioration
de la mobilité urbaine (Pamu),
du programme d'entretien annuel des
routes (Pera) et, enfin, du programme
de renforcement du Pamu financé
par le fonds spécial né
d'une décision prise au cours
d'un conseil interministériel.
Dans
le cadre du programme sectoriel des
transports, je vais donner la liste
des routes bitumées et déjà
réalisées :
il s'agit de la route Bignona-Diouloulou-Séléty
(64 km), Sokone Karang (42 km), Thiès-Sindia,
Thiès-Tassète (38 km),
Touba-Khelcom (70km), Kolda-Dianamalary
(38km), Diamnadio-Mbour (42krn), Mbour-Fatick
(68km) et Fatick-Kaolack (42 km), des
programmes en terre pour une longueur
de 175 km.
À travers le financement de ce
même programme, des ouvrages d'art
ont été aussi réalisés
comme le pont de Diaroumé (325m),
les passerelles de Joal (630m) et le
pont de Médina Ndiathbé
qui est presque achevé.
En ce qui concerne les travaux en phase
de démarrage pour 2006, il y
a Ziguinchor-Mpak pour (90 km), Linguère-Matam
qui va commencer dès le 15 janvier
prochain pour (226km,) Birkilane-Tambacouda
(235 km), la boucle du Blouf (43km),
Fatick-Diakhao-Gossas (45km). Il faut
noter que pour ce volet « travaux
en phase de démarrage »,
des ouvrages d'art sont aussi prévus
comme le pont de Ngouye, de Halwar et
de Gouloumbou. Il y a aussi l'entretien
périodique des routes pour 116km.
Cet entretien est une constante annuelle
observée sur toute l'étendue
du territoire.
Qu'en
est-il des projets développés
dans le cadre du Pamu ?
Dans
le cadre du Programme d'amélioration
de la mobilité urbaine, je peux
vous dire ce qui est fait, d'une part,
et ce qui est en cours de réalisation,
d'autre part. Il y a l'aménagement
des deux carrefours dénivelés
à Cyrnos et " Malick Sy
" qu'on appelle les échangeurs
et deux carrefours à Bakau et
Cabral, la réhabilitation des
sections courantes de la route des Grands
moulins et la rocade Fann Bel air.
En
ce qui concerne toujours Dakar, il y
a l'aménagement de 22 carrefours
et la modernisation du parc des feux,
la construction et la réhabilitation
de sections courantes : piste d'envol,
liaison camp Leclerc/Vdn, route de Cambérène.
On peut citer également l'aménagement
et l'habillage du réseau concédé
des cars rapides et divers aménagements
: Liberté 5, Yoff, Lat Dior.
On
a également l'aménagement
d'une dizaine de carrefours en giratoire
et en signalétique lumineuse,
la construction et la réhabilitation
de sections courantes dont la route
de Yembeul-Malika, la route de Boune,
la route des Niayes, l'amélioration
et la réhabilitation de la voirie
urbaine : la route Petit Mbao-Grand
Mbao. Il y a également l'aménagement
de carrefours et la réhabilitation
de sections courantes dont la voirie
de Golf, la route des Niayes et une
dizaine de carrefours.
Nous
avons aussi la construction d'une gare
multimodale devant accueillir le trafic
interurbain aux Baux maraîchers,
l'aménagement de 28 carrefours
en sens giratoire et en signalétique
lumineuse dont la voie de contournement
nord, la route Ousmane Socé Diop,
la voirie de Bargny (la route de Sendou),
etc.
Il
y a aussi la reconfiguration des deux
gares en gares urbaines et le transfert
des activités interurbaines à
la nouvelle gare des Baux maraîchers.
Il s'agit-là de la reconfiguration
de la gare de Colobane et de la gare
de Pompier. Voilà ce qui concerne
les choses réalisées et
les choses en vue de réalisation,
dans le cadre de la mobilité
urbaine.
Qu'en
est-il de ce qui reste à faire
?
Concernant
toujours la mobilité urbaine,
il y a le petit train bleu et la Sotrac.
Pour ce qui est du petit train bleu,
le cadre institutionnel général
de l'activité de transport ferroviaire
voyageur de Dakar a été
mis en place durant ces derniers mois.
Les contrats de fourniture de rails
et d'appareils de voie sont signés.
Les
dossiers d'appel d'offres relatifs aux
travaux de construction d'une voie de
11 km entre Hann et Fass-Mbao (portion
future voie 2 de banlieue), à
la construction d'un ouvrage routier
de franchissement de la voie ferrée
au PK8, à la construction de
murs de clôture et de passerelles
pour piétons, ainsi qu'à
l'aménagement de la gare de Rufisque
et du tribunal de marchandises de Bel-Air
ont été lancés.
Pour
le renouvellement toujours du parc,
la livraison de la première commande
de 105 minibus est arrivée en
juillet 2005, les professionnels du
transport urbain ont créé,
le 10 mai 2005, une mutuelle d'épargne
et de crédits qui a permis de
mobiliser leur contrepartie pour les
deuxièmes et troisièmes
tranches. Ainsi, les contrats pour la
deuxième tranche (225 minibus)
et pour la troisième tranche
(175 minibus) ont été
déjà signés. Donc,
on n'attend plus que ces bus-là.
Ça, c'est la composante "
Leasing " qu'on appelle communément
la composante " Renouvellement
des cars rapides " et qui est également
une des composantes du Pamu. Pour revenir
sur le financement de l'autoroute dont
je vous parlais, je veux vous préciser
que le tronçon Malick Sy- Pikine
sera élargi en deux fois trois
voies avec 3 échangeurs : Colobane
avec son tunnel, Hann et la Patte d'Oie
qui va s'imposer à l'entrée
de Dakar Ville avec ses onze bretelles
et trois dénivellations supérieures.
Cet échangeur est d'un grand
gabarit.
Sur
le deuxième tronçon, à
partir de la Patte d'Oie, il y aura
à peu près 8 échangeurs
qui vont faciliter la fluidité
de la circulation jusqu'à Diamnadio.
L'ensemble du projet est managé
par l'Apix. Actuellement les travaux
qui ont déjà démarré
concernent Malick Sy-Patte d'Oie dont
l'entreprise Henan-Chine et Jean Lefebvre
est l'adjudicataire. À ce niveau,
je peux avancer que l'échangeur
de la Patte d'Oie sera livré
en septembre 2006. Pour l'autre tronçon
Patte d'Oie-Pikine où seront
édifiés deux échangeurs,
les appels d'offres seront lancés
dans le premier trimestre 2006. Pikine-Diamniadio
sera financé à travers
un Partenariat Public Privé (Ppp),
car la validation a été
faite par l'ensemble des bailleurs de
fonds au cours d'une réunion
tenue à l'hôtel Téranga
avec les privés et l'Apix qui
pilote ce dossier.
Pour
un dernier éclairage, je voudrais
préciser que le Pamu, piloté
en grande partie par le MIETTMI, est
constitué de cinq composantes
: la composante infrastructures et routes
; la composante chemin de fer ; la composante
leasing ; la composante institutionnelle
; la composante amélioration
de la qualité de l'air en milieu
urbain. Toutes ces composantes sont
financées au total à hauteur
de 105 milliards (Fonds spécial
+ Pamu). Si l'on y ajoute le tronçon
de l'autoroute Malick Sy-Pikine considéré
comme inclus dans la mobilité
urbaine à Dakar (44 milliards),
nous pouvons dire que le Pamu en général
a coûté 149 milliards à
l'État du Sénégal
qui y a participé à hauteur
de 70% dans le cadre d'un financement
interne. À ce niveau, je fais
allusion au Bci qui devient de plus
en plus une source de financement alternative
quand les procédures du bailleur
s'annoncent complexes pour l'exécution
du projet dans les délais.
Je
profite de ce moment pour vous parler
à nouveau du Pst bien maîtrisé
par le ministère des Infrastructures,
de l'Equipement des Transports terrestres
et maritimes intérieurs (MIETTMI)
en vous révélant que pendant
ces cinq dernières années,
l'État y a injecté plus
de 200 milliards de francs Cfa représentant
les contreparties puisées du
Bci. Si l'on prend en compte le Pamu
(75 milliards), le Pera (15 milliards
x 5), le fonds spécial (74 milliards),
plus les fonds tirés des lois
de finances rectificatives (Lfr), je
peux affirmer sans me tromper que l'État
a mis pour les grands travaux et ouvrages
près de 550 milliards de francs
Cfa. C'est ainsi que pour la période
2002 à 2005, 625 km de routes
revêtues et 1751 km de routes
non revêtues ont été
récupérées pour
un coût d'environ 120 milliards.
Ces efforts notables, réalisés
par ce département, sont à
poursuivre pour maintenir le réseau
en bon état, en augmentant le
montant du fonds routiers qui est toujours
de 15 milliards alors que tous les besoins
réels tournent annuellement autour
e 40 milliards correspondant à
l'allocation budgétaire des «
Pera » de seconde génération.
Le
Pamu vient renforcer les acquis relatifs
aux actions réalisées
dans le cadre du Projet de réforme
et de renforcement des capacités
d'expertise en matière de transport
urbain, mis en œuvre entre 1997
et 2001. L'objectif du développement
du Pamu est d'améliorer la sécurité,
l'efficacité, l'accessibilité
et la qualité environnementale
de la mobilité urbaine dans l'agglomération
de Dakar, avec une attention particulière
pour les populations les plus démunies,
en soutenant le développement
des transports collectifs et les déplacements
des piétons ; d'améliorer
aussi la sécurité routière
à Thiès et à Kaolack.
Parce que le Pamu concerne aussi les
régions.
Quels
résultats, espérez-vous
atteindre par le biais de ce projet
?
Les
principaux résultats attendus
de la mise en œuvre du programme
de mobilité urbaine sont une
amélioration globale et durable
des conditions de déplacement
des populations dans l'agglomération
de Dakar, une meilleure contribution
du sous-secteur à la croissance
et à la productivité de
l'économie urbaine, une baisse
sensible de la pollution urbaine et
de l'impact négatif de celle-ci
sur la croissance économique,
une amélioration de la qualité
de vie des citadins dans l'agglomération
par une meilleure efficacité
et une plus grande sécurité
des modes de déplacement.
Plus
globalement, comment présenteriez-vous
aujourd'hui la situation actuelle du
Sénégal ?
Ce que je veux dire, c'est que les politiques
économiques et sociales mises
en œuvre par le Sénégal
depuis la dévaluation de 1994
se sont traduites par une croissance
d'environ 5,4 % en moyenne, avec la
consolidation du cadre macroéconomique,
singulièrement depuis 2000. Aussi,
la croissance économique a-t-elle
atteint et dépassé 6,6
% au cours des dernières années,
dans un contexte de maîtrise de
l'inflation qui est quasi nulle, d'amélioration
du solde budgétaire de base qui
est régulièrement positif
et de soutenabilité du déficit
extérieur.
La
maîtrise de l'inflation nous a
permis de mettre à la disposition
du marché intérieur et
extérieur des biens et services,
avec un excellent rapport qualité/prix.
Cette politique macroéconomique
du gouvernement a favorisé la
compétitivité industrielle
en dépit du renchérissement
du dollar, moyen de paiement international
et de l'euro auquel le franc Cfa est
indexé.
La
croissance économique enregistrée
au cours de ces dernières années
s'est soldée par une amélioration
sensible des indicateurs sociaux et
budgétaires. À titre d'illustration,
l'indice de la pauvreté a diminué
de dix points depuis 1994 et plusieurs
études confirment que le Sénégal
fait partie des rares pays d'Afrique
subsaharienne à pouvoir atteindre
les Objectifs de développement
du millénaire.
Quant
aux ratios budgétaires, ils affichent
un profil qu'on ne partage avec aucun
autre pays de notre sous-région.
En effet, les indicateurs macroéconomiques,
baromètres de la compétitivité
de notre économie nationale,
ont positivement évolué
dans plusieurs domaines. Au point de
vue fiscal, la forte pression fiscale
observée traduite par un dépassement
du niveau plancher de 17 % fixé
par des dispositions de la surveillance
multilatérales des politiques
macroéconomiques, a dépassé
le taux de 18 %. Elle devrait être
stabilisée dans le temps par
la baisse du taux marginal d'imposition.
Au point de vue des ratios budgétaires,
la politique mise en œuvre s'est
traduite par une double mesure incitatrice
: la baisse du taux d'impôt applicables
aux salariés qui est actuellement
de 30 % est en deçà du
standard de 35 %, le ratio des dépenses
en capital sur ressources internes qui
est égal à 25 % a aussi
dépassé le standard de
20%. Au point de vue de l'endettement,
la dette publique, qui se situait à
46,3 % du Pib, devrait chuter de 15
%, après l'effacement de la dette
multilatérale qui représente
les deux tiers de la dette extérieure
du Sénégal.
Au
total, le Sénégal est
le seul de l'Uemoa qui a respecté,
en 2003 et 2004, sept des huit critères
retenus dans cadre du pacte de convergence,
de stabilité, de croissance et
de solidarité de l'Uemoa. Les
efforts consentis par le gouvernement
ont été d'ailleurs sanctionnés,
en avril 2004, par les notes "
B " à court terme et "
B+ " à long terme, attribuées
au Sénégal par l'agence
de notation internationale Standard
& Poor's.
Cette
notation positive, qui confirme notre
solvabilité financière,
à long terme, conforte les options
du gouvernement, en particulier, la
priorité accordée à
l'accroissement des dépenses
sociales et aux réformes structurelles
et la rigueur avec laquelle la politique
macroéconomique est conduite.
Cette rigueur se justifie d'ailleurs
au niveau du ministère des Finances
par la qualité de ses ressources
humaines, recrutées en nombre
suffisant et en qualité ; et
aussi par les moyens matériels,
attestés par un système
intégré informatique au
niveau des trois directions du ministère
des Finances toujours.
À
cette rigueur au niveau du ministère
des Finances, d'autres paramètres
viennent s'ajouter : la réorganisation
des services fiscaux et douaniers, la
création du Centre des grandes
entreprises, la réforme du système
de gestion des firmes publiques qui
permet de suivre d'une manière
plus rigoureuse et plus étroite
la fiscalité, l'élargissement
de l'assiette douanière, la diminution
de l'impôt sur les sociétés,
en vue de favoriser l'investissement.
Cependant, les performances économiques
et financières enregistrées
restent insuffisantes pour réduire
de façon plus significative la
pauvreté et atteindre les objectifs
du Millénaire pour le développement,
notamment la réduction de l'incidence
de la pauvreté de moitié
à l'horizon 2015.
Avec
le rythme actuel de progression de l'économie,
il faudra 30 ans environ pour doubler
le Pib par tête et, même
avec cela, le Sénégal
sera encore accessible aux guichets
de l'Ida ; en d'autres termes, nous
serions encore classés dans 30
ans dans la catégorie des pays
à faible revenu. Ce processus
de mise en place d'une Stratégie
de croissance accélérée
(Sca) pour les années à
venir vise à porter, à
moyen et long termes, le taux de croissance
à 8 % à 2008 et doubler
le revenu per capita dans un horizon
de 10 ans.
Cette
stratégie de croissance accélérée
que le gouvernement entend mettre en
œuvre repose essentiellement sur
l'ensemble des composantes de la balance
des paiements qui est un indicateur
synthétique de l'activité
économique. Elle repose aussi
sur l'amélioration des infrastructures
et du problème foncier qui sont
des facteurs bloquants pour atteindre
cette croissance accélérée.
En
attendant, au niveau de la balance des
paiements, elle sera articulée,
cette croissance, autour de grappes
qui auront comme principales caractéristiques
d'être potentiellement compétitives
au plan international pour permettre
d'augmenter la contribution encore faible
des exportations à la croissance
économique et de ramener à
long terme le déficit du compte
extérieur hors dons en dessus
du seuil de 5 % retenu dans le cadre
de la surveillance multilatérale
au sein de l'Uemoa.
Au
niveau de la balance de base, la stratégie
de croissance accélérée
reposera essentiellement sur les incitations
qui seront offertes par le tissu économique
pour favoriser les investissements directs.
L'Apix en est un outil pour réduire
les procédures administratives
et favoriser un climat attractif pour
l'investissement. Concernant les problèmes
soulevés pour l'investissement,
au niveau de l'Apix actuellement, on
enregistre 300 milliards de FCfa en
investissements publics et privés
par an. Ceci justifie nettement l'amélioration
de cette balance de base. Ces problèmes
soulevés, relatifs au foncier,
demeurent encore une contrainte qui
doit être levée dans le
cadre de la plate-forme de Diamniadio
dont la réalisation permettra
de d'accueillir de nouvelles unités
industrielles.
Je
reviens sur le problème des infrastructures
parce qu'il a joué un rôle
déterminant dans le blocage même
de cette croissance accélérée
dont il s'agit. Parce qu'on perd 108
milliards par an à cause de l'immobilisme
de Dakar. Au niveau de la balance des
transferts aussi, il faudra quand même
faire un travail soutenu qui consistera
à canaliser l'épargne
des émigrés sur les secteurs
porteurs capables de créer la
richesse et l'emploi.
Jusqu'à
présent, les revenus de la diaspora
sont atomisés au niveau des familles
ou investis dans le bâtiment qui
annihile l'effet du multiplicateur de
revenu. Ce dernier aspect consistant
à détenir de l'argent
pour la construction de logements en
location relève du comportement
des Sénégalais en général
qui ont la peur pour les investissements
risqués. Ils se plaisent nonchalamment
à des revenus sûrs qui
ne sont pas menacés par un environnement
changeant.
En
somme je peux dire qu'au sens Lancaster,
le Sénégalais n'est animé
que par un des motifs de détention
de la monnaie qui est celui de la précaution.
Le motif de spéculation est presque
en balbutiement à cause certainement
de la faiblesse du marché financier.
Quant au motif de transaction, il est
le mieux partagé au monde.
Source
"Il est Midi"
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2-
Entretien
avec Iba DER
ENTRETIEN
AVEC…Mamadou Almamy Wane, auteur
du livre - «Le Sénégal
entre deux naufrages le Joola et l’alternance»
: «La compagnie des francs-maçons
ne gêne en rien Wade»
(Photo:
Le Quotidien)
Mamadou Almamy Wane, auteur
d’un sévère réquisitoire
contre le pouvoir de l’alternance,
ses réseaux françafricains,
est à Dakar depuis quelque temps.
L’écrivain persiste et
signe. Mamadou Almamy Wane, auteur,
en 1997, du livre «Sénégal-France
: la vitrine craquelée»,
lève toute équivoque sur
les rapports entre Wade et ses «amis»
françafricains et constate que
la compagnie des gens de ce milieu aux
connexions francs-maçonniques
ne le gêne pas. Entretien avec
un écrivain aux formules parfois
percutantes….
A propos de la françafrique,
notamment des connexions de Wade avec
certains réseaux français,
certains lecteurs se demandent si vous
n’insinuez pas que Wade est un
franc-maçon. Pouvez-vous les
éclairer ?
Je n’irai pas jusqu’à
dire que le président Wade est
un franc-maçon. Ce que je peux
dire, c’est que la compagnie des
francs-maçons ne le gêne
en rien. Quand on voit aujourd’hui
ce qu’est la Gnlf, une franc-maçonnerie
de droite qui est très branchée
avec la françafrique qui est
sous sa coupe, vous pouvez deviner un
peu ce qui se passe. C’est un
cercle vicieux. Naturellement, ce sont
des milieux qui ont des intérêts
individuels ou de groupuscules qui n’ont
rien à avoir avec ceux d’un
Etat, comme le nôtre.
Nous devons construire des routes, amener
les enfants à l’école.
Il faut inventer un système de
santé moins coûteux. Le
Sénégal, par sa diplomatie,
avait été hissé
à un niveau sur le plan international,
loin d’être en corrélation
avec sa capacité de production
et d’échange. C’était
miraculeux pour un pays africain ; nous
sommes cités en bon exemple en
Afrique. Aujourd’hui, qu’est-ce
qu’on voit ? Des phénomènes
que l’on prêtait à
d’autres ont cours au Sénégal
et cela est inacceptable. Le Sénégal
doit rester le Sénégal
pour aider l’Afrique.
«Le
Sénégal entre deux naufrages
: le Joola et l’alternance».
Qu’est-ce qui a pu vous motiver
pour écrire un livre sous cet
angle-là ?
En 2001, je voulais écrire déjà,
mais j’ai été arrêté
net par des événements
extérieurs. J’ai vraiment
eu un gros déclic avec le naufrage
du bateau le Joola. Je m’étais
dit que j’allais écrire
d’abord sur ce naufrage, mais
j’ai vu que celui-ci quand même
était lié un peu à
l’histoire politique de notre
pays, notamment la notion de responsabilité
qui ne traverse pas les gouvernements
et les présidents, souvent ceux
qui sont en place. J’ai pensé
aussi écrire pour avertir les
Sénégalais à propos
de Wade parce que je fais partie de
quelques Sénégalais qui,
le 19 mars 2000, ont eu très
peur en sachant qu’un tel homme
allait diriger le Sénégal.
C’est à cette occasion
que j’avais dit à une journaliste
du Parisien à l’époque,
Stéphanie Wenger : «il
n’y aura aucun changement au Sénégal
avec cette élection du 19 mars
2000».
Pourquoi donc ?
On prête au président Wade
26 ans d’opposition, mais ce n’est
pas vrai. D’ailleurs c’est
ce que j’ai dit dans mon livre.
Avec ses compagnons de la première
heure, il y avait des dissensions terribles
au sein du parti parce que Wade était
toujours membre de l’Ups (Nrld
: Union progressiste sénégalais,
parti au pouvoir sous Senghor) et n’avait
toujours pas démissionné
de ce parti. Toutes ces choses que je
connaissais du personnage m’ont
renforcé dans l’idée
que son élection ne pouvait pas
produire les changements que les Sénégalais
attendaient d’autant plus que,
comme vous le savez, ces élections
n’étaient pas précédées
de débats. On n’a pas parlé
de l’Ecole, de la Casamance-un
problème très grave compte
tenu des enjeux géopolitiques
du moment, en tout cas au niveau de
l’Afrique de l’Ouest. On
n’a pas parlé également
des routes, de la sécurité,
du panier de la ménagère,
la gestion de l’après-dévaluation
etc.
Si
on vous suit bien, les élections
se sont déroulées sur
un quiproquo qui se résume au
départ d’abord du président
Abdou Diouf…
C’est ça ! Oui, cette élection
s’est résumée finalement
à faire partir un homme plutôt
que d’élire un autre pour
un programme, pour montrer une voie,
une direction au Sénégal.
Cela ressemblait plus à un référendum
pour ou contre le départ de Diouf
qu’à une élection
au sens traditionnel du terme avec des
programmes différents, une empoignade
avec les différents protagonistes
devant le peuple.
Mais vous, malgré
l’euphorie pour l’alternance,
sur quoi vous fondiez-vous pour dire
à l’avance que Abdoulaye
Wane n’était pas l’homme
de la situation ?
Je le fondais d’abord sur son
comportement vis-à-vis de ses
premiers compagnons ; sur cette manière
de jouer avec Senghor. Il y a aussi
cette notion incongrue de parti de contribution
; une appellation étonnante.
Dans l’histoire de la science
politique, on n’a jamais vu pareille
chose. Dire qu’on veut s’opposer
et proposer un parti de contribution,
finalement c’est un aveu d’inféodation
au régime de Senghor. C’est
pourquoi d’ailleurs dans mon livre,
ironiquement, je dis que Ndiombor, c’est
Senghor et non le président Wade.
Si Ndiombor, le lièvre c’est
Abdoulaye Wade, comment peut-on appeler
Senghor ? Qui est le prince de la ruse
et de l’intelligence ? Et de la
finesse ? On gère aussi un Etat
avec finesse. On ne peut intervenir
sur n’importe quel point et à
n’importe quel moment. On doit
prendre de la hauteur, de la distance
vis-à-vis de son parti. Le président
qui dirige aujourd’hui le Sénégal
a son parti et l’Etat-Pds est
en marche. Il y a eu même une
réunion de la Dpn ( Ndlr : Direction
politique nationale du Pds) qui s’est
déroulée au palais de
la République. Des méthodes
qui avaient été fustigées
par l’opposant Wade qui les applique
aujourd’hui. Donc, personnellement,
j’avais des raisons de craindre
que cet homme accède au pouvoir
; même si comme tous les Sénégalais,
tout être humain normal, j’ai
eu quelque espoir.
C’est
là l’aspect peut-être
important de votre livre qui a essayé
de lever un coin du voile sur les relations
entre le Sénégal et la
Françafrique, particulièrement
sous le règne de Wade. Est-ce
à dire que vous avez de sérieuses
inquiétudes à ce niveau
?
Oui. Il y a certains individus en France
qui sont connus comme appartenant à
un conglomérat extrêmement
corrosif qu’on appelle la Françafrique.
La Françafrique, est bien définie
dans les «Dossiers noirs de la
politique africaine de la France»
éditée par Agir ici et
Survie, une association pour laquelle
j’ai écrit d’ailleurs
«France-Sénégal
: une vitrine craquelée»
en 1997. Il y est dit que «la
Françafrique désigne une
nébuleuse d’acteurs économiques,
politiques et militaires en France et
en Afrique, organisés en réseaux
et lobbies et polarisés sur l’accaparement
de deux rentes : les matières
premières et l’aide publique
au développement. La logique
de cette ponction est d’interdire
l’initiative hors du cercle des
initiés. Le système auto-dégradant
se recycle dans la criminalisation ;
il est naturellement hostile à
la démocratie».
On le voit bien, nous sommes dans une
période de haute criminalisation
au Sénégal à l’heure
actuelle et c’est pourquoi je
parle dans mon ouvrage de Wade le françafricain.
Il n’est pas étranger aux
exactions françafricaines ; il
en est un membre avec certains pontes
de la Françafrique, comme Idriss
Déby, Denis Sassou Nguesso, Omar
Bongo qui ont d’ailleurs attaqué
en justice François-Xavier Vershave
pour son ouvrage auquel j’ai participé.
Nous avons été attaqués
par ces trois présidents, des
françafricains notoires et nous
avons parlé au tribunal de toutes
ces choses qui ont éclaté
en pleine lumière ; les masques
sont tombés et les juges nous
ont donné raison. On ne peut
pas d’ailleurs diriger un Etat
africain aujourd’hui sans dénoncer
la françafrique parce que, comme
je le dis dans mon livre, la françafrique
produit des cascades souterraines qui
provoquent des difficultés telles
que, si on n’a pas une vision,
une lecture de la gestion du pays, on
tisse la voie du chaos et de la désolation.
Nous en sommes là. Au Rwanda
, on sait bien ce qui s’est passé
et en Côte d’Ivoire aujourd’hui.
Le Sénégal n’est
pas exempt de toutes ces turpitudes
de l’Afrique de l’Ouest.
Par conséquent, on ne peut pas
considérer que ce pays s’en
ira tranquillement comme si de rien
n’était et échappe.
Cette vague dévastatrice qui
a fait exploser la Côte d’Ivoire,
telle une lave, est en train de couler
vers nous. Il va falloir alors que l’on
se mette au travail.
C’est
ce à quoi appelle le président
Wade, non ?
Le président Wade n’a pas
les moyens de sa politique. Il a son
passé qui le dessert ; il y a
aussi que son parti est libéral
; or, cette notion de libéralisme
est complètement en déphasage
avec nos réalités socio-culturelles.
Par exemple, la France, après
la guerre, a dû renforcer l’Etat
et construire le pays. Le Sénégal,
aujourd’hui, n’a pas besoin
de moins d’Etat ; au contraire,
il faut plus d’Etat pour aller
au secours des populations. Le libéralisme,
c’est quoi sinon cette machine
à broyer que les altermondialistes
sont en train de remettre en cause.
Ce
que vous avez appelé alors dans
votre livre la diplomatie du microphone
est donc une régression par rapport
à ce qui se faisait auparavant
?
Tout à fait ! La diplomatie a
ses règles, ses protocoles, ses
mœurs etc. Elle demande beaucoup
de finesse. La diplomatie du microphone,
ce sont certes des sorties présidentielles
hasardeuses, mais c’est aussi
quelque chose d’incohérent
par rapport à la réalité
d’un pays, comme le nôtre.
Un pays qui fonctionne bien à
travers la cohésion nationale
peut alors exploser sous forme de diplomatie
et faire du bien un peu partout. La
diplomatie du microphone, c’est
aussi «rien ne va chez moi, mais
je vais faire la diplomatie planétaire
: aller au G8, dans les grands rounds
internationaux, porter la bonne parole».
Or, intérieurement, rien n’est
fait au Sénégal. D’ailleurs
la diplomatie du microphone a fait beaucoup
de mal au pays. Ce n’est pas le
ministre des affaires étrangères
actuel et ses collaborateurs qui vont
ressusciter nos réflexes et nos
attitudes diplomatiques qui ont permis
au Sénégal d’être
connu à travers le monde, alors
que nous n’avons pas de pétrole,
pas grand-chose.
Quand
vous êtes venu au Sénégal,
après avoir écrit votre
livre, en tâtant le climat politique,
économique et social, est-ce
que vous avez eu une confirmation ou
non que le Sénégal est
en naufrage ?
Lorsque je suis arrivé ici, il
y avait déjà eu cette
agression contre Talla Sylla, une affaire
qui fait déjà beaucoup
de bruits à Paris. Il y avait
aussi cette atmosphère de peur.
Personnellement, j’ai écrit
mon livre et j’ai des convictions.
En 1997, j’ai écrit pour
éviter à mon pays des
problèmes ; aujourd’hui,
j’ai récidivé et
je le fais en âme et conscience
sans aucune peur.
Par contre, depuis que je suis arrivé
au Sénégal, j’ai
constaté comme un climat de terreur
qui règne. On a vu le leader
du Pit, Amath Dansokho, être menacé
de mort ; ceci après l’agression
de Talla Sylla. Comme la violence appelle
la violence, si rien n’est fait,
tout va aller crescendo et nous n’allons
jamais nous en sortir, mais épouser
les contours d’un pays à
ramasser comme certains de nos voisins.
J’ai l’impression que les
hommes politiques sénégalais,
particulièrement ceux qui sont
au pouvoir, sont en décalage
par rapport au peuple. Ce peuple est
en avance par rapport à ceux
qui le dirigent. Le problème,
c’est qu’il n’y a
pas possibilité d’accorder
des violons entre le peuple et les dirigeants.
Le président de la République,
Abdoulaye Wade a été élu
pour satisfaire les besoins collectifs,
régler les problèmes des
Sénégalais ; mais qu’est-ce
qu’on voit aujourd’hui ?
Des gens qui, auparavant, n’avaient
pas grand-chose, s’enrichissent
à une vitesse extraordinaire
et n’hésitent pas à
montrer leurs richesses. C’est
dans ce climat délétère
que le Sénégalais, naturellement
observateur, finira, si cela continue,
par se lasser et donc mettre en danger
l’équilibre de la nation,
parce qu’un ventre vide, c’est
une bombe.
Vous
n’avez pas eu des réactions
d’hostilité de la part
du pouvoir ?
Pas précisément ; mais
quand on observe le climat politique
sénégalais, je peux dire
que les hommes du pouvoir actuel ne
doivent pas me porter dans leur cœur.
Même s’il est question du
Sénégal, j’ai aussi
en tant qu’être humain,
un avis. Je me suis intéressé
en France à mon pays en essayant
de trouver des voies et moyens de dénoncer
certaines choses et parfois faire un
peu de prospective parce qu’il
ne suffit pas seulement de dénoncer,
il faut proposer quelques pistes. C’est
en travaillant pour mon pays -que j’aime
puisque je suis sorti de terre ici -que
j’ai rencontré sur mon
chemin des gens, en l’occurrence
le président de la République
qui a été élu au
suffrage universel par les Sénégalais
et qui, d’ailleurs, les a remerciés
très rapidement en disant que
sans les journaux français et
anglo-saxons, il n’y aurait jamais
eu d’alternance au Sénégal.
La presse sénégalaise
est en train de faire un travail irremplaçable.
Je le dis à la fin de mon livre
: elle est en première ligne
contre les ennemis de l’intérieur
et les autres, la Françafrique.
Je ne voudrais pas être alarmiste,
mais le début de la dictature,
c’est lorsqu’on commence
à montrer du doigt la presse.
Un prix Nobel d’économie
disait que dans un pays où la
presse est libre, il ne peut y avoir
de famine. Alors qu’on laisse
la presse travailler et que l’on
s’occupe du Sénégal
! Vouloir résumer aujourd’hui
le climat politique à une confrontation
entre l’exécutif et la
presse serait dommageable pour nos populations.
Sur votre livre, on peut
formuler des critiques : une indulgence
accordée à Senghor, une
absence de méthodologie et le
fait de vous servir trop facilement
des contributions parues dans les journaux…
Je suis indulgent envers le président
Senghor parce que ma génération
l’a connu un peu. Il y avait en
lui cette forme d’aristocratie
du savoir. On sentait que le Sénégal
était gouverné, même
si par ailleurs, il se passait des choses
qui n’étaient pas du tout
normales, voire détestables comme
ce qui est arrivé à Blondin,
les emprisonnements etc. Dans l’action
d’un homme, il y a un bilan positif
et négatif à tirer. Le
jeune Etat du Sénégal
a été dirigé par
Senghor ; donc qui fait la science politique
sénégalaise commencera
par Senghor. Le Senghorisme était
moins dangereux pour le Sénégal
que tout ce qu’on a vu après.
Sans tomber dans un lyrisme qui pourrait
prêter à caution, la période
senghorienne aussi était difficile
; il y a eu le choc pétrolier,
la crise du monde agricole. Mais, nous
avions eu des acquis. Senghor avait
légué à Abdou Diouf
une façon de gérer. Qu’est-ce
que nous avons vu ? Il n’y a pas
une continuité de l’Etat.
Nous sommes passés du Senghorisme
à la désenghorisation.
Abdou Diouf s’installe et fait
du Dioufisme collinien. Diouf s’en
va et Abdoulaye Wade arrive en organisateur
méticuleux de ce que les Sénégalais
appellent la transhumance politique.
Finalement le Wadisme, c’est du
Dioufisme dégénéré.
Le Dioufisme était un nationalisme
sursauteur parce que Diouf a beau être
un nationaliste, il n’en demeurait
pas moins un adepte du mitterrandisme
tropical.
Les contributions sont une coloration
sénégalaise de mon ouvrage;
c’est le Sénégal
qui donne à travers les journalistes
et les autres citoyens. A la lecture
des journaux sénégalais,
beaucoup d’observations constatent
qu’il y a des articles merveilleux
et c’est pourquoi je n’ai
pas hésité à m’abreuver
dans «ce brouet des contributionnistes».
La presse sénégalaise
a donné la parole aux citoyens,
qui est confisquée par les hommes
politiques.
Soro DIOP -
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3-
Entretien
avec Landing SAVANE
ENTRETIEN
AVEC LANDING SAVANE (SECRETAIRE GENERAL
D'AND JEF/PADS)
"Nous
avons vu venir la crise, mais nous ne
pouvions l'éviter"
Il y a malaise au sein de la majorité
présidentielle et il résulte
de la crise qui sévit au sein
du Parti démocratique sénégalais.
En le reconnaissant dans l'entretien
qu'il nous a accordé, le secrétaire
général d'And Jëf/Pads,
par ministre d'Etat, ministre de l'Industrie
et de l'Artisanat, cherche à
tirer la sonnette d'alarme. D'autant
que, selon Landing Savané, ces
difficultés ne sont pas encore
derrière nous et que l’expression
de telles contradictions n’a rien
de bon pour le pays. .
Wal
Fadjri : Le pays vit une situation
difficile, avec des déclarations
qui fusent de partout, le tout résultant
de la démission-reconduction
du Premier ministre Idrissa Seck. Ce
dernier, quelques jours après
la formation de son gouvernement, affirmait
que le changement d’équipe
ministérielle était superflu.
A sa suite, le chef de l’Etat
s’est exprimé dans Le Soleil
et dans Jeune Afrique L’intelligent.
Est-ce pour une telle atmosphère
que vous aviez fait l’alternance
?