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1- INTERVIEW DIÈNE FARBA SARR, CONSEILLER SPÉCIAL DU PREMIER MINISTRE

«En cinq ans, l'Etat a investi près de 550 milliards de FCfa dans les grands travaux et ouvrages»

Ce sont des travaux d'envergure qui ont été lancés dans la capitale sénégalaise depuis cinq ans. Une vision du président Wade concrétisée par son Premier ministre, Macky Sall. M. Diène Farba Sarr, conseiller spécial de M. Sall, chargé du suivi de l'exécution des Grands projets et Programmes du gouvernement, témoigne du grand bond enregistré dans leur réalisation depuis près de deux ans. Autoroute à péage, échangeurs, constructions de routes et rénovation du parc existant, la liste des projets est longue, que ce soit aussi bien en matière de chemins de fer ou d'infrastructures maritimes. Dans cet entretien exclusif, Diène Farba Sarr dresse le bilan.

 

Qu'entend-on par grands projets et programmes du gouvernement dont vous avez la charge de suivre l'exécution à la primature ?

Les grands projets, ce sont les projets d'infrastructures. Il s'agit de l'aéroport de Ndiass et de l'autoroute à péage qui sont pilotés par l'Apix. Il y a aussi les programmes initiés dans le cadre du Programme d'amélioration de la mobilité urbaine (Pamu) qui est en grande partie piloté par le ministère des Infrastructures, de l'Equipement, des Transports terrestres et des Transports maritimes intérieurs.

Quel est le contexte qui a mené à l'élaboration de ces grands projets et programmes du gouvernement ?

Pour évoquer ce contexte, je voudrais d'abord vous parler du président de la République, Me Abdoulaye Wade. Il a une grande vision pour le Sénégal. Un président qui veut voir un Sénégal émergent. C'est pourquoi, quand il est arrivé au pouvoir, le 19 mars 2000, il a mis l'accent sur le cadre macro-économique des transports d'abord qui recouvre essentiellement le problème de la mobilité urbaine.
De 2001 jusqu'en 2003, les projets étaient un peu stagnants ; ils ne poussaient pas. Mais, avec l'avènement du Premier ministre Macky Sall qui, pour concrétiser d'une manière significative la vision du président de la République, a créé au niveau de la Primature un Bureau de suivi de l'exécution des grands projets et programmes du gouvernement. C'est pour pouvoir, dans une vision transversale, suivre d'une manière journalière tous les projets du chef de l'Etat, en vue d'enrayer les contraintes administratives, financières, domaniale et juridiques qui se posent à leur exécution correcte et de respecter les délais qui étaient pré-établis dans le discours de Politique générale du Premier ministre. Parce que nous sommes en position transversale ; et donc, nous pouvons actionner des leviers à différents niveaux pour régler ces questions-là. C'est cela que nous avons fait. Et c'est pourquoi les projets sont nés actuellement. On les voit sortir de terre. Et ça, c'est depuis l'avènement de Macky Sall. Cela mérite d'être précisé.
Désormais, il s'avère important, conformément à la politique de développement des infrastructures de base, de renforcer les infrastructures routières, notamment à travers le programme de mobilité urbaine. Pour pallier l'absence de sites industriels aménagés à Dakar, dans le cadre de l'initiative américaine du Millenium Challenge Account (Mca), il s'agira de réaliser à Diamniadio, à une trentaine de kilomètres de Dakar, sur un site de 2.500 ha, une plate-forme destinée à accueillir de nouvelles activités industrielles et commerciales. Cela permettra la délocalisation des activités industrielles ou commerciales existantes pour leur assurer de meilleures opportunités de développement. Aussi, Diamniadio sera le pôle industriel du Sénégal et de la sous-région ; tandis que Dakar sera transformé en un grand centre d'affaires. Cet ambitieux projet potentialise au moins quatre des grands chantiers du président Abdoulaye Wade, notamment l'autoroute à péage Dakar-Thiès, l'aéroport de Ndiass, le projet de la nouvelle capitale administrative et le port minéralier de Bargny.

Où en est-on avec le projet d'aéroport de Ndiass ?

Comme l'a dit le chef de l'Etat à la veille du 1er janvier 2006, le Fonds monétaire international (Fmi) a levé toutes les objections qui pouvaient jusque-là ralentir le nouvel aéroport international " Blaise Diagne " dont nous allons, sans tarder, entamer la construction, en partie financée par la Redevance de développement des infrastructures aéroportuaires déjà entrée en vigueur. Donc, les informations supplémentaires vous seront données périodiquement pour que vous puissiez suivre avec nous la réalisation de ce gigantesque ouvrage.

Par rapport au Pamu, quel en est votre point de vue concernant le débat sur la paternité du projet ?

Ce que je peux préciser par rapport à cela est très simple. Vous savez que quand quelque chose marche très bien, les gens se l'approprient. Mais, ce que je peux dire, c'est que ce programme n'est rien d'autre qu'un concept tiré du programme de politique de transport en Afrique subsaharienne depuis 1987 et piloté par la Banque mondiale.

À l'orée des élections de 2000, comme à ses habitudes, le Parti socialiste, pour capter des voix, est parti à la Banque mondiale pour entamer des pré-négociations. Mais, en réalité, la mise en vigueur formelle de l'accord de financement a eu lieu en mai 2001. Alors, les avant-projets concernés par ce grand programme furent revisités, corrigés, redimensionnés, afin de prendre forme. C'est ainsi que les coûts réels ont été estimés, parce que différents de ceux qui avaient été calculés dans la précipitation. Pour rendre l'ensemble du projet faisable, le gouvernement de l'Alternance a accepté de supporter le coût cruel des indemnités des personnes dont les actifs se situaient irrégulièrement sur l'emprise des ouvrages ultérieurs du Pamu.

En dehors de ce paiement des indemnités des expropriés, le gouvernement a participé, pour un montant de 19,100 milliards au budget du Pamu qui est évalué à 75 milliards. Là où la Banque mondiale a mis 41 milliards, l'Agence française de développement 6,7 milliards, le Fonds nordique de développement 5,612 milliards et l'Association de financement des transports urbains (Aftu) 2,676 milliards. Et puis, en dehors de sa contrepartie de 19,100 milliards, l'Etat sénégalais, à travers un Conseil interministériel, a pris la décision de mettre 74 milliards dans le cadre du renforcement du Pamu sous forme d'emprunt obligataire.

Au total, l'Etat sénégalais a mis 93,100 milliards, là où le bailleur a mis 52 milliards. Concernant l'utilisation de ces 74 milliards, je précise que les 44 milliards sont destinés à financer le premier tronçon " Malick Sy-Patte d'Oie ", " Patte d'Oie-Pikine ". Les 30 milliards restants ont servi à renforcer les autres composantes du Pamu que sont la composante institutionnelle, la composante " Leasing " qui signifie le renouvellement des cars rapides, la composante infrastructures et routes et la composante chemin de fer.

Et vous savez pourquoi les institutions internationales financières aiment bien le Sénégal ?

c'est parce que justement le Sénégal a presque financé sa mobilité urbaine pour un taux de 70 %. C'est pourquoi nous sommes beaucoup supportés par les institutions financières. Comment, le Parti socialiste peut-il donc avoir le courage de revendiquer, aujourd'hui, la paternité du Pamu, alors qu'il n'avait pas l'argent pour financer ce projet. Parce que le Budget consolidé d'investissements (Bci) n'a jamais servi, sous le Parti socialiste, à financer une infrastructure.

Actuellement, le Sénégal a pu renforcer la tendance, en utilisant 45 % de son budget pour l'investissement. Et, à l'époque, on utilisait 80 % du budget pour le fonctionnement et 20 % pour l'investissement. Le Sénégal est maintenant et presque le seul pays en Afrique de l'Ouest qui a utilisé 45 % de son budget pour l'investissement, parce que nous sommes justement en bonne santé financière et économique. Le Ps ne pouvait pas le faire, parce qu'il n'avait pas cette bonne santé financière. Donc là, c'est à préciser aussi.

Pouvez-vous maintenant nous parier des réalisations physiques du Gouvernement de l'alternance ?

Pour les réalisations physiques, il faut d'abord discerner les programmes à travers lesquels ces financements sont effectués : il s'agit essentiellement du programme sectoriel des transports (Pst), du programme d'amélioration de la mobilité urbaine (Pamu), du programme d'entretien annuel des routes (Pera) et, enfin, du programme de renforcement du Pamu financé par le fonds spécial né d'une décision prise au cours d'un conseil interministériel.

Dans le cadre du programme sectoriel des transports, je vais donner la liste des routes bitumées et déjà réalisées :

il s'agit de la route Bignona-Diouloulou-Séléty (64 km), Sokone Karang (42 km), Thiès-Sindia, Thiès-Tassète (38 km), Touba-Khelcom (70km), Kolda-Dianamalary (38km), Diamnadio-Mbour (42krn), Mbour-Fatick (68km) et Fatick-Kaolack (42 km), des programmes en terre pour une longueur de 175 km.

À travers le financement de ce même programme, des ouvrages d'art ont été aussi réalisés comme le pont de Diaroumé (325m), les passerelles de Joal (630m) et le pont de Médina Ndiathbé qui est presque achevé.

En ce qui concerne les travaux en phase de démarrage pour 2006, il y a Ziguinchor-Mpak pour (90 km), Linguère-Matam qui va commencer dès le 15 janvier prochain pour (226km,) Birkilane-Tambacouda (235 km), la boucle du Blouf (43km), Fatick-Diakhao-Gossas (45km). Il faut noter que pour ce volet « travaux en phase de démarrage », des ouvrages d'art sont aussi prévus comme le pont de Ngouye, de Halwar et de Gouloumbou. Il y a aussi l'entretien périodique des routes pour 116km. Cet entretien est une constante annuelle observée sur toute l'étendue du territoire.

Qu'en est-il des projets développés dans le cadre du Pamu ?

Dans le cadre du Programme d'amélioration de la mobilité urbaine, je peux vous dire ce qui est fait, d'une part, et ce qui est en cours de réalisation, d'autre part. Il y a l'aménagement des deux carrefours dénivelés à Cyrnos et " Malick Sy " qu'on appelle les échangeurs et deux carrefours à Bakau et Cabral, la réhabilitation des sections courantes de la route des Grands moulins et la rocade Fann Bel air.

En ce qui concerne toujours Dakar, il y a l'aménagement de 22 carrefours et la modernisation du parc des feux, la construction et la réhabilitation de sections courantes : piste d'envol, liaison camp Leclerc/Vdn, route de Cambérène. On peut citer également l'aménagement et l'habillage du réseau concédé des cars rapides et divers aménagements : Liberté 5, Yoff, Lat Dior.

On a également l'aménagement d'une dizaine de carrefours en giratoire et en signalétique lumineuse, la construction et la réhabilitation de sections courantes dont la route de Yembeul-Malika, la route de Boune, la route des Niayes, l'amélioration et la réhabilitation de la voirie urbaine : la route Petit Mbao-Grand Mbao. Il y a également l'aménagement de carrefours et la réhabilitation de sections courantes dont la voirie de Golf, la route des Niayes et une dizaine de carrefours.

Nous avons aussi la construction d'une gare multimodale devant accueillir le trafic interurbain aux Baux maraîchers, l'aménagement de 28 carrefours en sens giratoire et en signalétique lumineuse dont la voie de contournement nord, la route Ousmane Socé Diop, la voirie de Bargny (la route de Sendou), etc.

Il y a aussi la reconfiguration des deux gares en gares urbaines et le transfert des activités interurbaines à la nouvelle gare des Baux maraîchers. Il s'agit-là de la reconfiguration de la gare de Colobane et de la gare de Pompier. Voilà ce qui concerne les choses réalisées et les choses en vue de réalisation, dans le cadre de la mobilité urbaine.

Qu'en est-il de ce qui reste à faire ?

Concernant toujours la mobilité urbaine, il y a le petit train bleu et la Sotrac. Pour ce qui est du petit train bleu, le cadre institutionnel général de l'activité de transport ferroviaire voyageur de Dakar a été mis en place durant ces derniers mois. Les contrats de fourniture de rails et d'appareils de voie sont signés.

Les dossiers d'appel d'offres relatifs aux travaux de construction d'une voie de 11 km entre Hann et Fass-Mbao (portion future voie 2 de banlieue), à la construction d'un ouvrage routier de franchissement de la voie ferrée au PK8, à la construction de murs de clôture et de passerelles pour piétons, ainsi qu'à l'aménagement de la gare de Rufisque et du tribunal de marchandises de Bel-Air ont été lancés.

Pour le renouvellement toujours du parc, la livraison de la première commande de 105 minibus est arrivée en juillet 2005, les professionnels du transport urbain ont créé, le 10 mai 2005, une mutuelle d'épargne et de crédits qui a permis de mobiliser leur contrepartie pour les deuxièmes et troisièmes tranches. Ainsi, les contrats pour la deuxième tranche (225 minibus) et pour la troisième tranche (175 minibus) ont été déjà signés. Donc, on n'attend plus que ces bus-là. Ça, c'est la composante " Leasing " qu'on appelle communément la composante " Renouvellement des cars rapides " et qui est également une des composantes du Pamu. Pour revenir sur le financement de l'autoroute dont je vous parlais, je veux vous préciser que le tronçon Malick Sy- Pikine sera élargi en deux fois trois voies avec 3 échangeurs : Colobane avec son tunnel, Hann et la Patte d'Oie qui va s'imposer à l'entrée de Dakar Ville avec ses onze bretelles et trois dénivellations supérieures. Cet échangeur est d'un grand gabarit.

Sur le deuxième tronçon, à partir de la Patte d'Oie, il y aura à peu près 8 échangeurs qui vont faciliter la fluidité de la circulation jusqu'à Diamnadio. L'ensemble du projet est managé par l'Apix. Actuellement les travaux qui ont déjà démarré concernent Malick Sy-Patte d'Oie dont l'entreprise Henan-Chine et Jean Lefebvre est l'adjudicataire. À ce niveau, je peux avancer que l'échangeur de la Patte d'Oie sera livré en septembre 2006. Pour l'autre tronçon Patte d'Oie-Pikine où seront édifiés deux échangeurs, les appels d'offres seront lancés dans le premier trimestre 2006. Pikine-Diamniadio sera financé à travers un Partenariat Public Privé (Ppp), car la validation a été faite par l'ensemble des bailleurs de fonds au cours d'une réunion tenue à l'hôtel Téranga avec les privés et l'Apix qui pilote ce dossier.

Pour un dernier éclairage, je voudrais préciser que le Pamu, piloté en grande partie par le MIETTMI, est constitué de cinq composantes : la composante infrastructures et routes ; la composante chemin de fer ; la composante leasing ; la composante institutionnelle ; la composante amélioration de la qualité de l'air en milieu urbain. Toutes ces composantes sont financées au total à hauteur de 105 milliards (Fonds spécial + Pamu). Si l'on y ajoute le tronçon de l'autoroute Malick Sy-Pikine considéré comme inclus dans la mobilité urbaine à Dakar (44 milliards), nous pouvons dire que le Pamu en général a coûté 149 milliards à l'État du Sénégal qui y a participé à hauteur de 70% dans le cadre d'un financement interne. À ce niveau, je fais allusion au Bci qui devient de plus en plus une source de financement alternative quand les procédures du bailleur s'annoncent complexes pour l'exécution du projet dans les délais.

Je profite de ce moment pour vous parler à nouveau du Pst bien maîtrisé par le ministère des Infrastructures, de l'Equipement des Transports terrestres et maritimes intérieurs (MIETTMI) en vous révélant que pendant ces cinq dernières années, l'État y a injecté plus de 200 milliards de francs Cfa représentant les contreparties puisées du Bci. Si l'on prend en compte le Pamu (75 milliards), le Pera (15 milliards x 5), le fonds spécial (74 milliards), plus les fonds tirés des lois de finances rectificatives (Lfr), je peux affirmer sans me tromper que l'État a mis pour les grands travaux et ouvrages près de 550 milliards de francs Cfa. C'est ainsi que pour la période 2002 à 2005, 625 km de routes revêtues et 1751 km de routes non revêtues ont été récupérées pour un coût d'environ 120 milliards. Ces efforts notables, réalisés par ce département, sont à poursuivre pour maintenir le réseau en bon état, en augmentant le montant du fonds routiers qui est toujours de 15 milliards alors que tous les besoins réels tournent annuellement autour e 40 milliards correspondant à l'allocation budgétaire des « Pera » de seconde génération.

Le Pamu vient renforcer les acquis relatifs aux actions réalisées dans le cadre du Projet de réforme et de renforcement des capacités d'expertise en matière de transport urbain, mis en œuvre entre 1997 et 2001. L'objectif du développement du Pamu est d'améliorer la sécurité, l'efficacité, l'accessibilité et la qualité environnementale de la mobilité urbaine dans l'agglomération de Dakar, avec une attention particulière pour les populations les plus démunies, en soutenant le développement des transports collectifs et les déplacements des piétons ; d'améliorer aussi la sécurité routière à Thiès et à Kaolack. Parce que le Pamu concerne aussi les régions.

Quels résultats, espérez-vous atteindre par le biais de ce projet ?

Les principaux résultats attendus de la mise en œuvre du programme de mobilité urbaine sont une amélioration globale et durable des conditions de déplacement des populations dans l'agglomération de Dakar, une meilleure contribution du sous-secteur à la croissance et à la productivité de l'économie urbaine, une baisse sensible de la pollution urbaine et de l'impact négatif de celle-ci sur la croissance économique, une amélioration de la qualité de vie des citadins dans l'agglomération par une meilleure efficacité et une plus grande sécurité des modes de déplacement.

Plus globalement, comment présenteriez-vous aujourd'hui la situation actuelle du Sénégal ?

Ce que je veux dire, c'est que les politiques économiques et sociales mises en œuvre par le Sénégal depuis la dévaluation de 1994 se sont traduites par une croissance d'environ 5,4 % en moyenne, avec la consolidation du cadre macroéconomique, singulièrement depuis 2000. Aussi, la croissance économique a-t-elle atteint et dépassé 6,6 % au cours des dernières années, dans un contexte de maîtrise de l'inflation qui est quasi nulle, d'amélioration du solde budgétaire de base qui est régulièrement positif et de soutenabilité du déficit extérieur.

La maîtrise de l'inflation nous a permis de mettre à la disposition du marché intérieur et extérieur des biens et services, avec un excellent rapport qualité/prix. Cette politique macroéconomique du gouvernement a favorisé la compétitivité industrielle en dépit du renchérissement du dollar, moyen de paiement international et de l'euro auquel le franc Cfa est indexé.

La croissance économique enregistrée au cours de ces dernières années s'est soldée par une amélioration sensible des indicateurs sociaux et budgétaires. À titre d'illustration, l'indice de la pauvreté a diminué de dix points depuis 1994 et plusieurs études confirment que le Sénégal fait partie des rares pays d'Afrique subsaharienne à pouvoir atteindre les Objectifs de développement du millénaire.

Quant aux ratios budgétaires, ils affichent un profil qu'on ne partage avec aucun autre pays de notre sous-région. En effet, les indicateurs macroéconomiques, baromètres de la compétitivité de notre économie nationale, ont positivement évolué dans plusieurs domaines. Au point de vue fiscal, la forte pression fiscale observée traduite par un dépassement du niveau plancher de 17 % fixé par des dispositions de la surveillance multilatérales des politiques macroéconomiques, a dépassé le taux de 18 %. Elle devrait être stabilisée dans le temps par la baisse du taux marginal d'imposition. Au point de vue des ratios budgétaires, la politique mise en œuvre s'est traduite par une double mesure incitatrice : la baisse du taux d'impôt applicables aux salariés qui est actuellement de 30 % est en deçà du standard de 35 %, le ratio des dépenses en capital sur ressources internes qui est égal à 25 % a aussi dépassé le standard de 20%. Au point de vue de l'endettement, la dette publique, qui se situait à 46,3 % du Pib, devrait chuter de 15 %, après l'effacement de la dette multilatérale qui représente les deux tiers de la dette extérieure du Sénégal.

Au total, le Sénégal est le seul de l'Uemoa qui a respecté, en 2003 et 2004, sept des huit critères retenus dans cadre du pacte de convergence, de stabilité, de croissance et de solidarité de l'Uemoa. Les efforts consentis par le gouvernement ont été d'ailleurs sanctionnés, en avril 2004, par les notes " B " à court terme et " B+ " à long terme, attribuées au Sénégal par l'agence de notation internationale Standard & Poor's.

Cette notation positive, qui confirme notre solvabilité financière, à long terme, conforte les options du gouvernement, en particulier, la priorité accordée à l'accroissement des dépenses sociales et aux réformes structurelles et la rigueur avec laquelle la politique macroéconomique est conduite. Cette rigueur se justifie d'ailleurs au niveau du ministère des Finances par la qualité de ses ressources humaines, recrutées en nombre suffisant et en qualité ; et aussi par les moyens matériels, attestés par un système intégré informatique au niveau des trois directions du ministère des Finances toujours.

À cette rigueur au niveau du ministère des Finances, d'autres paramètres viennent s'ajouter : la réorganisation des services fiscaux et douaniers, la création du Centre des grandes entreprises, la réforme du système de gestion des firmes publiques qui permet de suivre d'une manière plus rigoureuse et plus étroite la fiscalité, l'élargissement de l'assiette douanière, la diminution de l'impôt sur les sociétés, en vue de favoriser l'investissement. Cependant, les performances économiques et financières enregistrées restent insuffisantes pour réduire de façon plus significative la pauvreté et atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement, notamment la réduction de l'incidence de la pauvreté de moitié à l'horizon 2015.

Avec le rythme actuel de progression de l'économie, il faudra 30 ans environ pour doubler le Pib par tête et, même avec cela, le Sénégal sera encore accessible aux guichets de l'Ida ; en d'autres termes, nous serions encore classés dans 30 ans dans la catégorie des pays à faible revenu. Ce processus de mise en place d'une Stratégie de croissance accélérée (Sca) pour les années à venir vise à porter, à moyen et long termes, le taux de croissance à 8 % à 2008 et doubler le revenu per capita dans un horizon de 10 ans.

Cette stratégie de croissance accélérée que le gouvernement entend mettre en œuvre repose essentiellement sur l'ensemble des composantes de la balance des paiements qui est un indicateur synthétique de l'activité économique. Elle repose aussi sur l'amélioration des infrastructures et du problème foncier qui sont des facteurs bloquants pour atteindre cette croissance accélérée.

En attendant, au niveau de la balance des paiements, elle sera articulée, cette croissance, autour de grappes qui auront comme principales caractéristiques d'être potentiellement compétitives au plan international pour permettre d'augmenter la contribution encore faible des exportations à la croissance économique et de ramener à long terme le déficit du compte extérieur hors dons en dessus du seuil de 5 % retenu dans le cadre de la surveillance multilatérale au sein de l'Uemoa.

Au niveau de la balance de base, la stratégie de croissance accélérée reposera essentiellement sur les incitations qui seront offertes par le tissu économique pour favoriser les investissements directs. L'Apix en est un outil pour réduire les procédures administratives et favoriser un climat attractif pour l'investissement. Concernant les problèmes soulevés pour l'investissement, au niveau de l'Apix actuellement, on enregistre 300 milliards de FCfa en investissements publics et privés par an. Ceci justifie nettement l'amélioration de cette balance de base. Ces problèmes soulevés, relatifs au foncier, demeurent encore une contrainte qui doit être levée dans le cadre de la plate-forme de Diamniadio dont la réalisation permettra de d'accueillir de nouvelles unités industrielles.

Je reviens sur le problème des infrastructures parce qu'il a joué un rôle déterminant dans le blocage même de cette croissance accélérée dont il s'agit. Parce qu'on perd 108 milliards par an à cause de l'immobilisme de Dakar. Au niveau de la balance des transferts aussi, il faudra quand même faire un travail soutenu qui consistera à canaliser l'épargne des émigrés sur les secteurs porteurs capables de créer la richesse et l'emploi.

Jusqu'à présent, les revenus de la diaspora sont atomisés au niveau des familles ou investis dans le bâtiment qui annihile l'effet du multiplicateur de revenu. Ce dernier aspect consistant à détenir de l'argent pour la construction de logements en location relève du comportement des Sénégalais en général qui ont la peur pour les investissements risqués. Ils se plaisent nonchalamment à des revenus sûrs qui ne sont pas menacés par un environnement changeant.

En somme je peux dire qu'au sens Lancaster, le Sénégalais n'est animé que par un des motifs de détention de la monnaie qui est celui de la précaution. Le motif de spéculation est presque en balbutiement à cause certainement de la faiblesse du marché financier. Quant au motif de transaction, il est le mieux partagé au monde.

Source "Il est Midi"

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2- Entretien avec Iba DER

ENTRETIEN AVEC…Mamadou Almamy Wane, auteur du livre - «Le Sénégal entre deux naufrages le Joola et l’alternance» : «La compagnie des francs-maçons ne gêne en rien Wade»

(Photo: Le Quotidien)
Mamadou Almamy Wane, auteur d’un sévère réquisitoire contre le pouvoir de l’alternance, ses réseaux françafricains, est à Dakar depuis quelque temps. L’écrivain persiste et signe. Mamadou Almamy Wane, auteur, en 1997, du livre «Sénégal-France : la vitrine craquelée», lève toute équivoque sur les rapports entre Wade et ses «amis» françafricains et constate que la compagnie des gens de ce milieu aux connexions francs-maçonniques ne le gêne pas. Entretien avec un écrivain aux formules parfois percutantes….
A propos de la françafrique, notamment des connexions de Wade avec certains réseaux français, certains lecteurs se demandent si vous n’insinuez pas que Wade est un franc-maçon. Pouvez-vous les éclairer ?

Je n’irai pas jusqu’à dire que le président Wade est un franc-maçon. Ce que je peux dire, c’est que la compagnie des francs-maçons ne le gêne en rien. Quand on voit aujourd’hui ce qu’est la Gnlf, une franc-maçonnerie de droite qui est très branchée avec la françafrique qui est sous sa coupe, vous pouvez deviner un peu ce qui se passe. C’est un cercle vicieux. Naturellement, ce sont des milieux qui ont des intérêts individuels ou de groupuscules qui n’ont rien à avoir avec ceux d’un Etat, comme le nôtre.
Nous devons construire des routes, amener les enfants à l’école. Il faut inventer un système de santé moins coûteux. Le Sénégal, par sa diplomatie, avait été hissé à un niveau sur le plan international, loin d’être en corrélation avec sa capacité de production et d’échange. C’était miraculeux pour un pays africain ; nous sommes cités en bon exemple en Afrique. Aujourd’hui, qu’est-ce qu’on voit ? Des phénomènes que l’on prêtait à d’autres ont cours au Sénégal et cela est inacceptable. Le Sénégal doit rester le Sénégal pour aider l’Afrique.

«Le Sénégal entre deux naufrages : le Joola et l’alternance». Qu’est-ce qui a pu vous motiver pour écrire un livre sous cet angle-là ?

En 2001, je voulais écrire déjà, mais j’ai été arrêté net par des événements extérieurs. J’ai vraiment eu un gros déclic avec le naufrage du bateau le Joola. Je m’étais dit que j’allais écrire d’abord sur ce naufrage, mais j’ai vu que celui-ci quand même était lié un peu à l’histoire politique de notre pays, notamment la notion de responsabilité qui ne traverse pas les gouvernements et les présidents, souvent ceux qui sont en place. J’ai pensé aussi écrire pour avertir les Sénégalais à propos de Wade parce que je fais partie de quelques Sénégalais qui, le 19 mars 2000, ont eu très peur en sachant qu’un tel homme allait diriger le Sénégal. C’est à cette occasion que j’avais dit à une journaliste du Parisien à l’époque, Stéphanie Wenger : «il n’y aura aucun changement au Sénégal avec cette élection du 19 mars 2000».


Pourquoi donc ?

On prête au président Wade 26 ans d’opposition, mais ce n’est pas vrai. D’ailleurs c’est ce que j’ai dit dans mon livre. Avec ses compagnons de la première heure, il y avait des dissensions terribles au sein du parti parce que Wade était toujours membre de l’Ups (Nrld : Union progressiste sénégalais, parti au pouvoir sous Senghor) et n’avait toujours pas démissionné de ce parti. Toutes ces choses que je connaissais du personnage m’ont renforcé dans l’idée que son élection ne pouvait pas produire les changements que les Sénégalais attendaient d’autant plus que, comme vous le savez, ces élections n’étaient pas précédées de débats. On n’a pas parlé de l’Ecole, de la Casamance-un problème très grave compte tenu des enjeux géopolitiques du moment, en tout cas au niveau de l’Afrique de l’Ouest. On n’a pas parlé également des routes, de la sécurité, du panier de la ménagère, la gestion de l’après-dévaluation etc.

Si on vous suit bien, les élections se sont déroulées sur un quiproquo qui se résume au départ d’abord du président Abdou Diouf…

C’est ça ! Oui, cette élection s’est résumée finalement à faire partir un homme plutôt que d’élire un autre pour un programme, pour montrer une voie, une direction au Sénégal. Cela ressemblait plus à un référendum pour ou contre le départ de Diouf qu’à une élection au sens traditionnel du terme avec des programmes différents, une empoignade avec les différents protagonistes devant le peuple.


Mais vous, malgré l’euphorie pour l’alternance, sur quoi vous fondiez-vous pour dire à l’avance que Abdoulaye Wane n’était pas l’homme de la situation ?

Je le fondais d’abord sur son comportement vis-à-vis de ses premiers compagnons ; sur cette manière de jouer avec Senghor. Il y a aussi cette notion incongrue de parti de contribution ; une appellation étonnante. Dans l’histoire de la science politique, on n’a jamais vu pareille chose. Dire qu’on veut s’opposer et proposer un parti de contribution, finalement c’est un aveu d’inféodation au régime de Senghor. C’est pourquoi d’ailleurs dans mon livre, ironiquement, je dis que Ndiombor, c’est Senghor et non le président Wade. Si Ndiombor, le lièvre c’est Abdoulaye Wade, comment peut-on appeler Senghor ? Qui est le prince de la ruse et de l’intelligence ? Et de la finesse ? On gère aussi un Etat avec finesse. On ne peut intervenir sur n’importe quel point et à n’importe quel moment. On doit prendre de la hauteur, de la distance vis-à-vis de son parti. Le président qui dirige aujourd’hui le Sénégal a son parti et l’Etat-Pds est en marche. Il y a eu même une réunion de la Dpn ( Ndlr : Direction politique nationale du Pds) qui s’est déroulée au palais de la République. Des méthodes qui avaient été fustigées par l’opposant Wade qui les applique aujourd’hui. Donc, personnellement, j’avais des raisons de craindre que cet homme accède au pouvoir ; même si comme tous les Sénégalais, tout être humain normal, j’ai eu quelque espoir.

C’est là l’aspect peut-être important de votre livre qui a essayé de lever un coin du voile sur les relations entre le Sénégal et la Françafrique, particulièrement sous le règne de Wade. Est-ce à dire que vous avez de sérieuses inquiétudes à ce niveau ?

Oui. Il y a certains individus en France qui sont connus comme appartenant à un conglomérat extrêmement corrosif qu’on appelle la Françafrique. La Françafrique, est bien définie dans les «Dossiers noirs de la politique africaine de la France» éditée par Agir ici et Survie, une association pour laquelle j’ai écrit d’ailleurs «France-Sénégal : une vitrine craquelée» en 1997. Il y est dit que «la Françafrique désigne une nébuleuse d’acteurs économiques, politiques et militaires en France et en Afrique, organisés en réseaux et lobbies et polarisés sur l’accaparement de deux rentes : les matières premières et l’aide publique au développement. La logique de cette ponction est d’interdire l’initiative hors du cercle des initiés. Le système auto-dégradant se recycle dans la criminalisation ; il est naturellement hostile à la démocratie».
On le voit bien, nous sommes dans une période de haute criminalisation au Sénégal à l’heure actuelle et c’est pourquoi je parle dans mon ouvrage de Wade le françafricain. Il n’est pas étranger aux exactions françafricaines ; il en est un membre avec certains pontes de la Françafrique, comme Idriss Déby, Denis Sassou Nguesso, Omar Bongo qui ont d’ailleurs attaqué en justice François-Xavier Vershave pour son ouvrage auquel j’ai participé. Nous avons été attaqués par ces trois présidents, des françafricains notoires et nous avons parlé au tribunal de toutes ces choses qui ont éclaté en pleine lumière ; les masques sont tombés et les juges nous ont donné raison. On ne peut pas d’ailleurs diriger un Etat africain aujourd’hui sans dénoncer la françafrique parce que, comme je le dis dans mon livre, la françafrique produit des cascades souterraines qui provoquent des difficultés telles que, si on n’a pas une vision, une lecture de la gestion du pays, on tisse la voie du chaos et de la désolation. Nous en sommes là. Au Rwanda , on sait bien ce qui s’est passé et en Côte d’Ivoire aujourd’hui. Le Sénégal n’est pas exempt de toutes ces turpitudes de l’Afrique de l’Ouest. Par conséquent, on ne peut pas considérer que ce pays s’en ira tranquillement comme si de rien n’était et échappe. Cette vague dévastatrice qui a fait exploser la Côte d’Ivoire, telle une lave, est en train de couler vers nous. Il va falloir alors que l’on se mette au travail.

C’est ce à quoi appelle le président Wade, non ?

Le président Wade n’a pas les moyens de sa politique. Il a son passé qui le dessert ; il y a aussi que son parti est libéral ; or, cette notion de libéralisme est complètement en déphasage avec nos réalités socio-culturelles. Par exemple, la France, après la guerre, a dû renforcer l’Etat et construire le pays. Le Sénégal, aujourd’hui, n’a pas besoin de moins d’Etat ; au contraire, il faut plus d’Etat pour aller au secours des populations. Le libéralisme, c’est quoi sinon cette machine à broyer que les altermondialistes sont en train de remettre en cause.

Ce que vous avez appelé alors dans votre livre la diplomatie du microphone est donc une régression par rapport à ce qui se faisait auparavant ?

Tout à fait ! La diplomatie a ses règles, ses protocoles, ses mœurs etc. Elle demande beaucoup de finesse. La diplomatie du microphone, ce sont certes des sorties présidentielles hasardeuses, mais c’est aussi quelque chose d’incohérent par rapport à la réalité d’un pays, comme le nôtre. Un pays qui fonctionne bien à travers la cohésion nationale peut alors exploser sous forme de diplomatie et faire du bien un peu partout. La diplomatie du microphone, c’est aussi «rien ne va chez moi, mais je vais faire la diplomatie planétaire : aller au G8, dans les grands rounds internationaux, porter la bonne parole». Or, intérieurement, rien n’est fait au Sénégal. D’ailleurs la diplomatie du microphone a fait beaucoup de mal au pays. Ce n’est pas le ministre des affaires étrangères actuel et ses collaborateurs qui vont ressusciter nos réflexes et nos attitudes diplomatiques qui ont permis au Sénégal d’être connu à travers le monde, alors que nous n’avons pas de pétrole, pas grand-chose.

Quand vous êtes venu au Sénégal, après avoir écrit votre livre, en tâtant le climat politique, économique et social, est-ce que vous avez eu une confirmation ou non que le Sénégal est en naufrage ?

Lorsque je suis arrivé ici, il y avait déjà eu cette agression contre Talla Sylla, une affaire qui fait déjà beaucoup de bruits à Paris. Il y avait aussi cette atmosphère de peur. Personnellement, j’ai écrit mon livre et j’ai des convictions. En 1997, j’ai écrit pour éviter à mon pays des problèmes ; aujourd’hui, j’ai récidivé et je le fais en âme et conscience sans aucune peur.
Par contre, depuis que je suis arrivé au Sénégal, j’ai constaté comme un climat de terreur qui règne. On a vu le leader du Pit, Amath Dansokho, être menacé de mort ; ceci après l’agression de Talla Sylla. Comme la violence appelle la violence, si rien n’est fait, tout va aller crescendo et nous n’allons jamais nous en sortir, mais épouser les contours d’un pays à ramasser comme certains de nos voisins. J’ai l’impression que les hommes politiques sénégalais, particulièrement ceux qui sont au pouvoir, sont en décalage par rapport au peuple. Ce peuple est en avance par rapport à ceux qui le dirigent. Le problème, c’est qu’il n’y a pas possibilité d’accorder des violons entre le peuple et les dirigeants. Le président de la République, Abdoulaye Wade a été élu pour satisfaire les besoins collectifs, régler les problèmes des Sénégalais ; mais qu’est-ce qu’on voit aujourd’hui ? Des gens qui, auparavant, n’avaient pas grand-chose, s’enrichissent à une vitesse extraordinaire et n’hésitent pas à montrer leurs richesses. C’est dans ce climat délétère que le Sénégalais, naturellement observateur, finira, si cela continue, par se lasser et donc mettre en danger l’équilibre de la nation, parce qu’un ventre vide, c’est une bombe.

Vous n’avez pas eu des réactions d’hostilité de la part du pouvoir ?

Pas précisément ; mais quand on observe le climat politique sénégalais, je peux dire que les hommes du pouvoir actuel ne doivent pas me porter dans leur cœur. Même s’il est question du Sénégal, j’ai aussi en tant qu’être humain, un avis. Je me suis intéressé en France à mon pays en essayant de trouver des voies et moyens de dénoncer certaines choses et parfois faire un peu de prospective parce qu’il ne suffit pas seulement de dénoncer, il faut proposer quelques pistes. C’est en travaillant pour mon pays -que j’aime puisque je suis sorti de terre ici -que j’ai rencontré sur mon chemin des gens, en l’occurrence le président de la République qui a été élu au suffrage universel par les Sénégalais et qui, d’ailleurs, les a remerciés très rapidement en disant que sans les journaux français et anglo-saxons, il n’y aurait jamais eu d’alternance au Sénégal.
La presse sénégalaise est en train de faire un travail irremplaçable. Je le dis à la fin de mon livre : elle est en première ligne contre les ennemis de l’intérieur et les autres, la Françafrique. Je ne voudrais pas être alarmiste, mais le début de la dictature, c’est lorsqu’on commence à montrer du doigt la presse. Un prix Nobel d’économie disait que dans un pays où la presse est libre, il ne peut y avoir de famine. Alors qu’on laisse la presse travailler et que l’on s’occupe du Sénégal ! Vouloir résumer aujourd’hui le climat politique à une confrontation entre l’exécutif et la presse serait dommageable pour nos populations.


Sur votre livre, on peut formuler des critiques : une indulgence accordée à Senghor, une absence de méthodologie et le fait de vous servir trop facilement des contributions parues dans les journaux…

Je suis indulgent envers le président Senghor parce que ma génération l’a connu un peu. Il y avait en lui cette forme d’aristocratie du savoir. On sentait que le Sénégal était gouverné, même si par ailleurs, il se passait des choses qui n’étaient pas du tout normales, voire détestables comme ce qui est arrivé à Blondin, les emprisonnements etc. Dans l’action d’un homme, il y a un bilan positif et négatif à tirer. Le jeune Etat du Sénégal a été dirigé par Senghor ; donc qui fait la science politique sénégalaise commencera par Senghor. Le Senghorisme était moins dangereux pour le Sénégal que tout ce qu’on a vu après. Sans tomber dans un lyrisme qui pourrait prêter à caution, la période senghorienne aussi était difficile ; il y a eu le choc pétrolier, la crise du monde agricole. Mais, nous avions eu des acquis. Senghor avait légué à Abdou Diouf une façon de gérer. Qu’est-ce que nous avons vu ? Il n’y a pas une continuité de l’Etat. Nous sommes passés du Senghorisme à la désenghorisation. Abdou Diouf s’installe et fait du Dioufisme collinien. Diouf s’en va et Abdoulaye Wade arrive en organisateur méticuleux de ce que les Sénégalais appellent la transhumance politique.
Finalement le Wadisme, c’est du Dioufisme dégénéré. Le Dioufisme était un nationalisme sursauteur parce que Diouf a beau être un nationaliste, il n’en demeurait pas moins un adepte du mitterrandisme tropical.
Les contributions sont une coloration sénégalaise de mon ouvrage; c’est le Sénégal qui donne à travers les journalistes et les autres citoyens. A la lecture des journaux sénégalais, beaucoup d’observations constatent qu’il y a des articles merveilleux et c’est pourquoi je n’ai pas hésité à m’abreuver dans «ce brouet des contributionnistes». La presse sénégalaise a donné la parole aux citoyens, qui est confisquée par les hommes politiques.
Soro DIOP -


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3- Entretien avec Landing SAVANE

ENTRETIEN AVEC LANDING SAVANE (SECRETAIRE GENERAL D'AND JEF/PADS)

"Nous avons vu venir la crise, mais nous ne pouvions l'éviter"
Il y a malaise au sein de la majorité présidentielle et il résulte de la crise qui sévit au sein du Parti démocratique sénégalais. En le reconnaissant dans l'entretien qu'il nous a accordé, le secrétaire général d'And Jëf/Pads, par ministre d'Etat, ministre de l'Industrie et de l'Artisanat, cherche à tirer la sonnette d'alarme. D'autant que, selon Landing Savané, ces difficultés ne sont pas encore derrière nous et que l’expression de telles contradictions n’a rien de bon pour le pays. .

Wal Fadjri : Le pays vit une situation difficile, avec des déclarations qui fusent de partout, le tout résultant de la démission-reconduction du Premier ministre Idrissa Seck. Ce dernier, quelques jours après la formation de son gouvernement, affirmait que le changement d’équipe ministérielle était superflu. A sa suite, le chef de l’Etat s’est exprimé dans Le Soleil et dans Jeune Afrique L’intelligent. Est-ce pour une telle atmosphère que vous aviez fait l’alternance ?