


1-
INTERVIEW
DIÈNE FARBA SARR, CONSEILLER
SPÉCIAL DU PREMIER MINISTRE
«En
cinq ans, l'Etat a investi
près
de 550 milliards de FCfa dans
les grands
travaux et ouvrages»
Ce
sont des travaux d'envergure
qui ont
été lancés dans
la capitale sénégalaise
depuis cinq ans. Une vision du
président
Wade concrétisée par son
Premier ministre, Macky Sall.
M. Diène
Farba Sarr, conseiller spécial
de M. Sall, chargé du suivi de
l'exécution des Grands projets
et Programmes du gouvernement,
témoigne
du grand bond enregistré dans
leur réalisation depuis près
de deux ans. Autoroute à
péage,
échangeurs, constructions de
routes et rénovation du parc
existant, la liste des projets
est longue,
que ce soit aussi bien en
matière
de chemins de fer ou
d'infrastructures
maritimes. Dans cet entretien
exclusif,
Diène Farba Sarr dresse le
bilan.
Qu'entend-on
par grands projets et
programmes du
gouvernement dont vous avez la
charge
de suivre l'exécution à
la primature ?
Les grands projets, ce sont
les projets
d'infrastructures. Il s'agit
de l'aéroport
de Ndiass et de l'autoroute à
péage qui sont pilotés
par l'Apix. Il y a aussi les
programmes
initiés dans le cadre du
Programme
d'amélioration de la mobilité
urbaine (Pamu) qui est en
grande partie
piloté par le ministère
des Infrastructures, de
l'Equipement,
des Transports terrestres et
des Transports
maritimes intérieurs.
Quel
est le contexte qui a mené à
l'élaboration de ces grands
projets
et programmes du gouvernement ?
Pour
évoquer ce contexte, je
voudrais
d'abord vous parler du
président
de la République, Me Abdoulaye
Wade. Il a une grande vision
pour le
Sénégal. Un président
qui veut voir un Sénégal
émergent. C'est pourquoi,
quand
il est arrivé au pouvoir, le
19 mars 2000, il a mis
l'accent sur
le cadre macro-économique des
transports d'abord qui
recouvre essentiellement
le problème de la mobilité
urbaine.
De 2001 jusqu'en 2003, les
projets étaient
un peu stagnants ; ils ne
poussaient
pas. Mais, avec l'avènement du
Premier ministre Macky Sall
qui, pour
concrétiser d'une manière
significative la vision du
président
de la République, a créé
au niveau de la Primature un
Bureau
de suivi de l'exécution des
grands
projets et programmes du
gouvernement.
C'est pour pouvoir, dans une
vision
transversale, suivre d'une
manière
journalière tous les projets
du chef de l'Etat, en vue
d'enrayer
les contraintes
administratives, financières,
domaniale et juridiques qui se
posent
à leur exécution correcte
et de respecter les délais qui
étaient pré-établis
dans le discours de Politique
générale
du Premier ministre. Parce que
nous
sommes en position
transversale ; et
donc, nous pouvons actionner
des leviers
à différents niveaux pour
régler ces questions-là.
C'est cela que nous avons
fait. Et c'est
pourquoi les projets sont nés
actuellement. On les voit
sortir de
terre. Et ça, c'est depuis
l'avènement
de Macky Sall. Cela mérite
d'être
précisé.
Désormais, il s'avère
important, conformément à
la politique de développement
des infrastructures de base,
de renforcer
les infrastructures routières,
notamment à travers le
programme
de mobilité urbaine. Pour
pallier
l'absence de sites industriels
aménagés
à Dakar, dans le cadre de
l'initiative
américaine du Millenium
Challenge
Account (Mca), il s'agira de
réaliser
à Diamniadio, à une trentaine
de kilomètres de Dakar, sur un
site de 2.500 ha, une
plate-forme destinée
à accueillir de nouvelles
activités
industrielles et commerciales.
Cela
permettra la délocalisation
des
activités industrielles ou
commerciales
existantes pour leur assurer
de meilleures
opportunités de développement.
Aussi, Diamniadio sera le pôle
industriel du Sénégal
et de la sous-région ; tandis
que Dakar sera transformé en
un grand centre d'affaires.
Cet ambitieux
projet potentialise au moins
quatre
des grands chantiers du
président
Abdoulaye Wade, notamment
l'autoroute
à péage Dakar-Thiès,
l'aéroport de Ndiass, le
projet
de la nouvelle capitale
administrative
et le port minéralier de
Bargny.
Où
en est-on avec le projet
d'aéroport
de Ndiass ?
Comme l'a dit le chef de
l'Etat à
la veille du 1er janvier 2006,
le Fonds
monétaire international (Fmi)
a levé toutes les objections
qui pouvaient jusque-là
ralentir
le nouvel aéroport
international
" Blaise Diagne " dont nous
allons, sans tarder, entamer
la construction,
en partie financée par la
Redevance
de développement des
infrastructures
aéroportuaires déjà
entrée en vigueur. Donc, les
informations supplémentaires
vous seront données
périodiquement
pour que vous puissiez suivre
avec nous
la réalisation de ce
gigantesque
ouvrage.
Par
rapport au Pamu, quel en est
votre point
de vue concernant le débat sur
la paternité du projet ?
Ce
que je peux préciser par
rapport
à cela est très simple.
Vous savez que quand quelque
chose marche
très bien, les gens se
l'approprient.
Mais, ce que je peux dire,
c'est que
ce programme n'est rien
d'autre qu'un
concept tiré du programme de
politique de transport en
Afrique subsaharienne
depuis 1987 et piloté par la
Banque mondiale.
À l'orée des élections
de 2000, comme à ses
habitudes,
le Parti socialiste, pour
capter des
voix, est parti à la Banque
mondiale
pour entamer des
pré-négociations.
Mais, en réalité, la mise
en vigueur formelle de
l'accord de financement
a eu lieu en mai 2001. Alors,
les avant-projets
concernés par ce grand
programme
furent revisités, corrigés,
redimensionnés, afin de
prendre
forme. C'est ainsi que les
coûts
réels ont été estimés,
parce que différents de ceux
qui avaient été calculés
dans la précipitation. Pour
rendre
l'ensemble du projet faisable,
le gouvernement
de l'Alternance a accepté de
supporter le coût cruel des
indemnités
des personnes dont les actifs
se situaient
irrégulièrement sur l'emprise
des ouvrages ultérieurs du
Pamu.
En dehors de ce paiement des
indemnités
des expropriés, le
gouvernement
a participé, pour un montant
de 19,100 milliards au budget
du Pamu
qui est évalué à
75 milliards. Là où la
Banque mondiale a mis 41
milliards,
l'Agence française de
développement
6,7 milliards, le Fonds
nordique de
développement 5,612 milliards
et l'Association de
financement des
transports urbains (Aftu)
2,676 milliards.
Et puis, en dehors de sa
contrepartie
de 19,100 milliards, l'Etat
sénégalais,
à travers un Conseil
interministériel,
a pris la décision de mettre
74 milliards dans le cadre du
renforcement
du Pamu sous forme d'emprunt
obligataire.
Au total, l'Etat sénégalais
a mis 93,100 milliards, là où
le bailleur a mis 52
milliards. Concernant
l'utilisation de ces 74
milliards, je
précise que les 44 milliards
sont destinés à financer
le premier tronçon " Malick
Sy-Patte d'Oie ", " Patte
d'Oie-Pikine ". Les 30
milliards
restants ont servi à renforcer
les autres composantes du Pamu
que sont
la composante
institutionnelle, la composante
" Leasing " qui signifie le
renouvellement des cars
rapides, la
composante infrastructures et
routes
et la composante chemin de
fer.
Et
vous savez pourquoi les
institutions
internationales financières
aiment
bien le Sénégal ?
c'est
parce que justement le Sénégal
a presque financé sa mobilité
urbaine pour un taux de 70 %.
C'est
pourquoi nous sommes beaucoup
supportés
par les institutions
financières.
Comment, le Parti socialiste
peut-il
donc avoir le courage de
revendiquer,
aujourd'hui, la paternité du
Pamu, alors qu'il n'avait pas
l'argent
pour financer ce projet. Parce
que le
Budget consolidé
d'investissements
(Bci) n'a jamais servi, sous
le Parti
socialiste, à financer une
infrastructure.
Actuellement, le Sénégal
a pu renforcer la tendance, en
utilisant
45 % de son budget pour
l'investissement.
Et, à l'époque, on utilisait
80 % du budget pour le
fonctionnement
et 20 % pour l'investissement.
Le Sénégal
est maintenant et presque le
seul pays
en Afrique de l'Ouest qui a
utilisé
45 % de son budget pour
l'investissement,
parce que nous sommes
justement en bonne
santé financière et
économique.
Le Ps ne pouvait pas le faire,
parce
qu'il n'avait pas cette bonne
santé
financière. Donc là, c'est
à préciser aussi.
Pouvez-vous
maintenant nous parier des
réalisations
physiques du Gouvernement de
l'alternance
?
Pour
les réalisations physiques, il
faut d'abord discerner les
programmes
à travers lesquels ces
financements
sont effectués : il s'agit
essentiellement
du programme sectoriel des
transports
(Pst), du programme
d'amélioration
de la mobilité urbaine (Pamu),
du programme d'entretien
annuel des
routes (Pera) et, enfin, du
programme
de renforcement du Pamu
financé
par le fonds spécial né
d'une décision prise au cours
d'un conseil interministériel.
Dans
le cadre du programme
sectoriel des
transports, je vais donner la
liste
des routes bitumées et déjà
réalisées :
il s'agit de la route
Bignona-Diouloulou-Séléty
(64 km), Sokone Karang (42
km), Thiès-Sindia,
Thiès-Tassète (38 km),
Touba-Khelcom (70km),
Kolda-Dianamalary
(38km), Diamnadio-Mbour
(42krn), Mbour-Fatick
(68km) et Fatick-Kaolack (42
km), des
programmes en terre pour une
longueur
de 175 km.
À travers le financement de ce
même programme, des ouvrages
d'art
ont été aussi réalisés
comme le pont de Diaroumé
(325m),
les passerelles de Joal (630m)
et le
pont de Médina Ndiathbé
qui est presque achevé.
En ce qui concerne les travaux
en phase
de démarrage pour 2006, il y
a Ziguinchor-Mpak pour (90
km), Linguère-Matam
qui va commencer dès le 15
janvier
prochain pour (226km,)
Birkilane-Tambacouda
(235 km), la boucle du Blouf
(43km),
Fatick-Diakhao-Gossas (45km).
Il faut
noter que pour ce volet «
travaux
en phase de démarrage »,
des ouvrages d'art sont aussi
prévus
comme le pont de Ngouye, de
Halwar et
de Gouloumbou. Il y a aussi
l'entretien
périodique des routes pour
116km.
Cet entretien est une
constante annuelle
observée sur toute l'étendue
du territoire.
Qu'en
est-il des projets développés
dans le cadre du Pamu ?
Dans
le cadre du Programme
d'amélioration
de la mobilité urbaine, je
peux
vous dire ce qui est fait,
d'une part,
et ce qui est en cours de
réalisation,
d'autre part. Il y a
l'aménagement
des deux carrefours dénivelés
à Cyrnos et " Malick Sy
" qu'on appelle les échangeurs
et deux carrefours à Bakau et
Cabral, la réhabilitation des
sections courantes de la route
des Grands
moulins et la rocade Fann Bel
air.
En
ce qui concerne toujours
Dakar, il y
a l'aménagement de 22
carrefours
et la modernisation du parc
des feux,
la construction et la
réhabilitation
de sections courantes : piste
d'envol,
liaison camp Leclerc/Vdn,
route de Cambérène.
On peut citer également
l'aménagement
et l'habillage du réseau
concédé
des cars rapides et divers
aménagements
: Liberté 5, Yoff, Lat Dior.
On
a également l'aménagement
d'une dizaine de carrefours en
giratoire
et en signalétique lumineuse,
la construction et la
réhabilitation
de sections courantes dont la
route
de Yembeul-Malika, la route de
Boune,
la route des Niayes,
l'amélioration
et la réhabilitation de la
voirie
urbaine : la route Petit
Mbao-Grand
Mbao. Il y a également
l'aménagement
de carrefours et la
réhabilitation
de sections courantes dont la
voirie
de Golf, la route des Niayes
et une
dizaine de carrefours.
Nous
avons aussi la construction
d'une gare
multimodale devant accueillir
le trafic
interurbain aux Baux
maraîchers,
l'aménagement de 28 carrefours
en sens giratoire et en
signalétique
lumineuse dont la voie de
contournement
nord, la route Ousmane Socé
Diop,
la voirie de Bargny (la route
de Sendou),
etc.
Il
y a aussi la reconfiguration
des deux
gares en gares urbaines et le
transfert
des activités interurbaines à
la nouvelle gare des Baux
maraîchers.
Il s'agit-là de la
reconfiguration
de la gare de Colobane et de
la gare
de Pompier. Voilà ce qui
concerne
les choses réalisées et
les choses en vue de
réalisation,
dans le cadre de la mobilité
urbaine.
Qu'en
est-il de ce qui reste à faire
?
Concernant
toujours la mobilité urbaine,
il y a le petit train bleu et
la Sotrac.
Pour ce qui est du petit train
bleu,
le cadre institutionnel
général
de l'activité de transport
ferroviaire
voyageur de Dakar a été
mis en place durant ces
derniers mois.
Les contrats de fourniture de
rails
et d'appareils de voie sont
signés.
Les
dossiers d'appel d'offres
relatifs aux
travaux de construction d'une
voie de
11 km entre Hann et Fass-Mbao
(portion
future voie 2 de banlieue), à
la construction d'un ouvrage
routier
de franchissement de la voie
ferrée
au PK8, à la construction de
murs de clôture et de
passerelles
pour piétons, ainsi qu'à
l'aménagement de la gare de
Rufisque
et du tribunal de marchandises
de Bel-Air
ont été lancés.
Pour
le renouvellement toujours du
parc,
la livraison de la première
commande
de 105 minibus est arrivée en
juillet 2005, les
professionnels du
transport urbain ont créé,
le 10 mai 2005, une mutuelle
d'épargne
et de crédits qui a permis de
mobiliser leur contrepartie
pour les
deuxièmes et troisièmes
tranches. Ainsi, les contrats
pour la
deuxième tranche (225 minibus)
et pour la troisième tranche
(175 minibus) ont été
déjà signés. Donc,
on n'attend plus que ces
bus-là.
Ça, c'est la composante "
Leasing " qu'on appelle
communément
la composante " Renouvellement
des cars rapides " et qui est
également
une des composantes du Pamu.
Pour revenir
sur le financement de
l'autoroute dont
je vous parlais, je veux vous
préciser
que le tronçon Malick Sy-
Pikine
sera élargi en deux fois trois
voies avec 3 échangeurs :
Colobane
avec son tunnel, Hann et la
Patte d'Oie
qui va s'imposer à l'entrée
de Dakar Ville avec ses onze
bretelles
et trois dénivellations
supérieures.
Cet échangeur est d'un grand
gabarit.
Sur
le deuxième tronçon, à
partir de la Patte d'Oie, il y
aura
à peu près 8 échangeurs
qui vont faciliter la fluidité
de la circulation jusqu'à
Diamnadio.
L'ensemble du projet est
managé
par l'Apix. Actuellement les
travaux
qui ont déjà démarré
concernent Malick Sy-Patte
d'Oie dont
l'entreprise Henan-Chine et
Jean Lefebvre
est l'adjudicataire. À ce
niveau,
je peux avancer que
l'échangeur
de la Patte d'Oie sera livré
en septembre 2006. Pour
l'autre tronçon
Patte d'Oie-Pikine où seront
édifiés deux échangeurs,
les appels d'offres seront
lancés
dans le premier trimestre
2006. Pikine-Diamniadio
sera financé à travers
un Partenariat Public Privé
(Ppp),
car la validation a été
faite par l'ensemble des
bailleurs de
fonds au cours d'une réunion
tenue à l'hôtel Téranga
avec les privés et l'Apix qui
pilote ce dossier.
Pour
un dernier éclairage, je
voudrais
préciser que le Pamu, piloté
en grande partie par le
MIETTMI, est
constitué de cinq composantes
: la composante
infrastructures et routes
; la composante chemin de fer ;
la composante
leasing ; la composante
institutionnelle
; la composante amélioration
de la qualité de l'air en
milieu
urbain. Toutes ces composantes
sont
financées au total à hauteur
de 105 milliards (Fonds
spécial
+ Pamu). Si l'on y ajoute le
tronçon
de l'autoroute Malick
Sy-Pikine considéré
comme inclus dans la mobilité
urbaine à Dakar (44
milliards),
nous pouvons dire que le Pamu
en général
a coûté 149 milliards à
l'État du Sénégal
qui y a participé à hauteur
de 70% dans le cadre d'un
financement
interne. À ce niveau, je fais
allusion au Bci qui devient de
plus
en plus une source de
financement alternative
quand les procédures du
bailleur
s'annoncent complexes pour
l'exécution
du projet dans les délais.
Je
profite de ce moment pour vous
parler
à nouveau du Pst bien maîtrisé
par le ministère des
Infrastructures,
de l'Equipement des Transports
terrestres
et maritimes intérieurs
(MIETTMI)
en vous révélant que pendant
ces cinq dernières années,
l'État y a injecté plus
de 200 milliards de francs Cfa
représentant
les contreparties puisées du
Bci. Si l'on prend en compte
le Pamu
(75 milliards), le Pera (15
milliards
x 5), le fonds spécial (74
milliards),
plus les fonds tirés des lois
de finances rectificatives
(Lfr), je
peux affirmer sans me tromper
que l'État
a mis pour les grands travaux
et ouvrages
près de 550 milliards de
francs
Cfa. C'est ainsi que pour la
période
2002 à 2005, 625 km de routes
revêtues et 1751 km de routes
non revêtues ont été
récupérées pour
un coût d'environ 120
milliards.
Ces efforts notables, réalisés
par ce département, sont à
poursuivre pour maintenir le
réseau
en bon état, en augmentant le
montant du fonds routiers qui
est toujours
de 15 milliards alors que tous
les besoins
réels tournent annuellement
autour
e 40 milliards correspondant à
l'allocation budgétaire des «
Pera » de seconde génération.
Le
Pamu vient renforcer les
acquis relatifs
aux actions réalisées
dans le cadre du Projet de
réforme
et de renforcement des
capacités
d'expertise en matière de
transport
urbain, mis en œuvre entre
1997
et 2001. L'objectif du
développement
du Pamu est d'améliorer la
sécurité,
l'efficacité, l'accessibilité
et la qualité environnementale
de la mobilité urbaine dans
l'agglomération
de Dakar, avec une attention
particulière
pour les populations les plus
démunies,
en soutenant le développement
des transports collectifs et
les déplacements
des piétons ; d'améliorer
aussi la sécurité routière
à Thiès et à Kaolack.
Parce que le Pamu concerne
aussi les
régions.
Quels
résultats, espérez-vous
atteindre par le biais de ce
projet
?
Les
principaux résultats attendus
de la mise en œuvre du
programme
de mobilité urbaine sont une
amélioration globale et
durable
des conditions de déplacement
des populations dans
l'agglomération
de Dakar, une meilleure
contribution
du sous-secteur à la
croissance
et à la productivité de
l'économie urbaine, une baisse
sensible de la pollution
urbaine et
de l'impact négatif de
celle-ci
sur la croissance économique,
une amélioration de la qualité
de vie des citadins dans
l'agglomération
par une meilleure efficacité
et une plus grande sécurité
des modes de déplacement.
Plus
globalement, comment
présenteriez-vous
aujourd'hui la situation
actuelle du
Sénégal ?
Ce que je veux dire, c'est que
les politiques
économiques et sociales mises
en œuvre par le Sénégal
depuis la dévaluation de 1994
se sont traduites par une
croissance
d'environ 5,4 % en moyenne,
avec la
consolidation du cadre
macroéconomique,
singulièrement depuis 2000.
Aussi,
la croissance économique
a-t-elle
atteint et dépassé 6,6
% au cours des dernières
années,
dans un contexte de maîtrise
de
l'inflation qui est quasi
nulle, d'amélioration
du solde budgétaire de base
qui
est régulièrement positif
et de soutenabilité du déficit
extérieur.
La
maîtrise de l'inflation nous a
permis de mettre à la
disposition
du marché intérieur et
extérieur des biens et
services,
avec un excellent rapport
qualité/prix.
Cette politique
macroéconomique
du gouvernement a favorisé la
compétitivité industrielle
en dépit du renchérissement
du dollar, moyen de paiement
international
et de l'euro auquel le franc
Cfa est
indexé.
La
croissance économique
enregistrée
au cours de ces dernières
années
s'est soldée par une
amélioration
sensible des indicateurs
sociaux et
budgétaires. À titre
d'illustration,
l'indice de la pauvreté a
diminué
de dix points depuis 1994 et
plusieurs
études confirment que le
Sénégal
fait partie des rares pays
d'Afrique
subsaharienne à pouvoir
atteindre
les Objectifs de développement
du millénaire.
Quant
aux ratios budgétaires, ils
affichent
un profil qu'on ne partage
avec aucun
autre pays de notre
sous-région.
En effet, les indicateurs
macroéconomiques,
baromètres de la compétitivité
de notre économie nationale,
ont positivement évolué
dans plusieurs domaines. Au
point de
vue fiscal, la forte pression
fiscale
observée traduite par un
dépassement
du niveau plancher de 17 %
fixé
par des dispositions de la
surveillance
multilatérales des politiques
macroéconomiques, a dépassé
le taux de 18 %. Elle devrait
être
stabilisée dans le temps par
la baisse du taux marginal
d'imposition.
Au point de vue des ratios
budgétaires,
la politique mise en œuvre
s'est
traduite par une double mesure
incitatrice
: la baisse du taux d'impôt
applicables
aux salariés qui est
actuellement
de 30 % est en deçà du
standard de 35 %, le ratio des
dépenses
en capital sur ressources
internes qui
est égal à 25 % a aussi
dépassé le standard de
20%. Au point de vue de
l'endettement,
la dette publique, qui se
situait à
46,3 % du Pib, devrait chuter
de 15
%, après l'effacement de la
dette
multilatérale qui représente
les deux tiers de la dette
extérieure
du Sénégal.
Au
total, le Sénégal est
le seul de l'Uemoa qui a
respecté,
en 2003 et 2004, sept des huit
critères
retenus dans cadre du pacte de
convergence,
de stabilité, de croissance et
de solidarité de l'Uemoa. Les
efforts consentis par le
gouvernement
ont été d'ailleurs
sanctionnés,
en avril 2004, par les notes "
B " à court terme et "
B+ " à long terme, attribuées
au Sénégal par l'agence
de notation internationale
Standard
& Poor's.
Cette
notation positive, qui
confirme notre
solvabilité financière,
à long terme, conforte les
options
du gouvernement, en
particulier, la
priorité accordée à
l'accroissement des dépenses
sociales et aux réformes
structurelles
et la rigueur avec laquelle la
politique
macroéconomique est conduite.
Cette rigueur se justifie
d'ailleurs
au niveau du ministère des
Finances
par la qualité de ses
ressources
humaines, recrutées en nombre
suffisant et en qualité ; et
aussi par les moyens
matériels,
attestés par un système
intégré informatique au
niveau des trois directions du
ministère
des Finances toujours.
À
cette rigueur au niveau du
ministère
des Finances, d'autres
paramètres
viennent s'ajouter : la
réorganisation
des services fiscaux et
douaniers, la
création du Centre des grandes
entreprises, la réforme du
système
de gestion des firmes
publiques qui
permet de suivre d'une manière
plus rigoureuse et plus
étroite
la fiscalité, l'élargissement
de l'assiette douanière, la
diminution
de l'impôt sur les sociétés,
en vue de favoriser
l'investissement.
Cependant, les performances
économiques
et financières enregistrées
restent insuffisantes pour
réduire
de façon plus significative la
pauvreté et atteindre les
objectifs
du Millénaire pour le
développement,
notamment la réduction de
l'incidence
de la pauvreté de moitié
à l'horizon 2015.
Avec
le rythme actuel de
progression de l'économie,
il faudra 30 ans environ pour
doubler
le Pib par tête et, même
avec cela, le Sénégal
sera encore accessible aux
guichets
de l'Ida ; en d'autres termes,
nous
serions encore classés dans 30
ans dans la catégorie des pays
à faible revenu. Ce processus
de mise en place d'une
Stratégie
de croissance accélérée
(Sca) pour les années à
venir vise à porter, à
moyen et long termes, le taux
de croissance
à 8 % à 2008 et doubler
le revenu per capita dans un
horizon
de 10 ans.
Cette
stratégie de croissance
accélérée
que le gouvernement entend
mettre en
œuvre repose essentiellement
sur
l'ensemble des composantes de
la balance
des paiements qui est un
indicateur
synthétique de l'activité
économique. Elle repose aussi
sur l'amélioration des
infrastructures
et du problème foncier qui
sont
des facteurs bloquants pour
atteindre
cette croissance accélérée.
En
attendant, au niveau de la
balance des
paiements, elle sera
articulée,
cette croissance, autour de
grappes
qui auront comme principales
caractéristiques
d'être potentiellement
compétitives
au plan international pour
permettre
d'augmenter la contribution
encore faible
des exportations à la
croissance
économique et de ramener à
long terme le déficit du
compte
extérieur hors dons en dessus
du seuil de 5 % retenu dans le
cadre
de la surveillance
multilatérale
au sein de l'Uemoa.
Au
niveau de la balance de base,
la stratégie
de croissance accélérée
reposera essentiellement sur
les incitations
qui seront offertes par le
tissu économique
pour favoriser les
investissements directs.
L'Apix en est un outil pour
réduire
les procédures administratives
et favoriser un climat
attractif pour
l'investissement. Concernant
les problèmes
soulevés pour
l'investissement,
au niveau de l'Apix
actuellement, on
enregistre 300 milliards de
FCfa en
investissements publics et
privés
par an. Ceci justifie
nettement l'amélioration
de cette balance de base. Ces
problèmes
soulevés, relatifs au foncier,
demeurent encore une
contrainte qui
doit être levée dans le
cadre de la plate-forme de
Diamniadio
dont la réalisation permettra
de d'accueillir de nouvelles
unités
industrielles.
Je
reviens sur le problème des
infrastructures
parce qu'il a joué un rôle
déterminant dans le blocage
même
de cette croissance accélérée
dont il s'agit. Parce qu'on
perd 108
milliards par an à cause de
l'immobilisme
de Dakar. Au niveau de la
balance des
transferts aussi, il faudra
quand même
faire un travail soutenu qui
consistera
à canaliser l'épargne
des émigrés sur les secteurs
porteurs capables de créer la
richesse et l'emploi.
Jusqu'à
présent, les revenus de la
diaspora
sont atomisés au niveau des
familles
ou investis dans le bâtiment
qui
annihile l'effet du
multiplicateur de
revenu. Ce dernier aspect
consistant
à détenir de l'argent
pour la construction de
logements en
location relève du
comportement
des Sénégalais en général
qui ont la peur pour les
investissements
risqués. Ils se plaisent
nonchalamment
à des revenus sûrs qui
ne sont pas menacés par un
environnement
changeant.
En
somme je peux dire qu'au sens
Lancaster,
le Sénégalais n'est animé
que par un des motifs de
détention
de la monnaie qui est celui de
la précaution.
Le motif de spéculation est
presque
en balbutiement à cause
certainement
de la faiblesse du marché
financier.
Quant au motif de transaction,
il est
le mieux partagé au monde.
Source
"Il est Midi"
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2-
Entretien
avec Iba DER
ENTRETIEN
AVEC…Mamadou Almamy Wane,
auteur
du livre - «Le Sénégal
entre deux naufrages le Joola
et l’alternance»
: «La compagnie des
francs-maçons
ne gêne en rien Wade»
(Photo:
Le Quotidien)
Mamadou Almamy
Wane, auteur
d’un sévère réquisitoire
contre le pouvoir de
l’alternance,
ses réseaux françafricains,
est à Dakar depuis quelque
temps.
L’écrivain persiste et
signe. Mamadou Almamy Wane,
auteur,
en 1997, du livre
«Sénégal-France
: la vitrine craquelée»,
lève toute équivoque sur
les rapports entre Wade et ses
«amis»
françafricains et constate que
la compagnie des gens de ce
milieu aux
connexions francs-maçonniques
ne le gêne pas. Entretien avec
un écrivain aux formules
parfois
percutantes….
A propos de la
françafrique,
notamment des connexions de
Wade avec
certains réseaux français,
certains lecteurs se demandent
si vous
n’insinuez pas que Wade est un
franc-maçon. Pouvez-vous les
éclairer ?
Je n’irai pas jusqu’à
dire que le président Wade est
un franc-maçon. Ce que je peux
dire, c’est que la compagnie
des
francs-maçons ne le gêne
en rien. Quand on voit
aujourd’hui
ce qu’est la Gnlf, une
franc-maçonnerie
de droite qui est très
branchée
avec la françafrique qui est
sous sa coupe, vous pouvez
deviner un
peu ce qui se passe. C’est un
cercle vicieux. Naturellement,
ce sont
des milieux qui ont des
intérêts
individuels ou de groupuscules
qui n’ont
rien à avoir avec ceux d’un
Etat, comme le nôtre.
Nous devons construire des
routes, amener
les enfants à l’école.
Il faut inventer un système de
santé moins coûteux. Le
Sénégal, par sa diplomatie,
avait été hissé
à un niveau sur le plan
international,
loin d’être en corrélation
avec sa capacité de production
et d’échange. C’était
miraculeux pour un pays
africain ; nous
sommes cités en bon exemple en
Afrique. Aujourd’hui,
qu’est-ce
qu’on voit ? Des phénomènes
que l’on prêtait à
d’autres ont cours au Sénégal
et cela est inacceptable. Le
Sénégal
doit rester le Sénégal
pour aider l’Afrique.
«Le
Sénégal entre deux naufrages
: le Joola et l’alternance».
Qu’est-ce qui a pu vous
motiver
pour écrire un livre sous cet
angle-là ?
En 2001, je voulais écrire
déjà,
mais j’ai été arrêté
net par des événements
extérieurs. J’ai vraiment
eu un gros déclic avec le
naufrage
du bateau le Joola. Je m’étais
dit que j’allais écrire
d’abord sur ce naufrage, mais
j’ai vu que celui-ci quand
même
était lié un peu à
l’histoire politique de notre
pays, notamment la notion de
responsabilité
qui ne traverse pas les
gouvernements
et les présidents, souvent
ceux
qui sont en place. J’ai pensé
aussi écrire pour avertir les
Sénégalais à propos
de Wade parce que je fais
partie de
quelques Sénégalais qui,
le 19 mars 2000, ont eu très
peur en sachant qu’un tel
homme
allait diriger le Sénégal.
C’est à cette occasion
que j’avais dit à une
journaliste
du Parisien à l’époque,
Stéphanie Wenger : «il
n’y aura aucun changement au
Sénégal
avec cette élection du 19 mars
2000».
Pourquoi donc ?
On prête au président Wade
26 ans d’opposition, mais ce
n’est
pas vrai. D’ailleurs c’est
ce que j’ai dit dans mon
livre.
Avec ses compagnons de la
première
heure, il y avait des
dissensions terribles
au sein du parti parce que
Wade était
toujours membre de l’Ups (Nrld
: Union progressiste
sénégalais,
parti au pouvoir sous Senghor)
et n’avait
toujours pas démissionné
de ce parti. Toutes ces choses
que je
connaissais du personnage
m’ont
renforcé dans l’idée
que son élection ne pouvait
pas
produire les changements que
les Sénégalais
attendaient d’autant plus que,
comme vous le savez, ces
élections
n’étaient pas précédées
de débats. On n’a pas parlé
de l’Ecole, de la Casamance-un
problème très grave compte
tenu des enjeux géopolitiques
du moment, en tout cas au
niveau de
l’Afrique de l’Ouest. On
n’a pas parlé également
des routes, de la sécurité,
du panier de la ménagère,
la gestion de
l’après-dévaluation
etc.
Si
on vous suit bien, les
élections
se sont déroulées sur
un quiproquo qui se résume au
départ d’abord du président
Abdou Diouf…
C’est ça ! Oui, cette élection
s’est résumée finalement
à faire partir un homme plutôt
que d’élire un autre pour
un programme, pour montrer une
voie,
une direction au Sénégal.
Cela ressemblait plus à un
référendum
pour ou contre le départ de
Diouf
qu’à une élection
au sens traditionnel du terme
avec des
programmes différents, une
empoignade
avec les différents
protagonistes
devant le peuple.
Mais vous, malgré
l’euphorie pour l’alternance,
sur quoi vous fondiez-vous
pour dire
à l’avance que Abdoulaye
Wane n’était pas l’homme
de la situation ?
Je le fondais d’abord sur son
comportement vis-à-vis de ses
premiers compagnons ; sur
cette manière
de jouer avec Senghor. Il y a
aussi
cette notion incongrue de
parti de contribution
; une appellation étonnante.
Dans l’histoire de la science
politique, on n’a jamais vu
pareille
chose. Dire qu’on veut
s’opposer
et proposer un parti de
contribution,
finalement c’est un aveu
d’inféodation
au régime de Senghor. C’est
pourquoi d’ailleurs dans mon
livre,
ironiquement, je dis que
Ndiombor, c’est
Senghor et non le président
Wade.
Si Ndiombor, le lièvre c’est
Abdoulaye Wade, comment
peut-on appeler
Senghor ? Qui est le prince de
la ruse
et de l’intelligence ? Et de
la
finesse ? On gère aussi un
Etat
avec finesse. On ne peut
intervenir
sur n’importe quel point et à
n’importe quel moment. On doit
prendre de la hauteur, de la
distance
vis-à-vis de son parti. Le
président
qui dirige aujourd’hui le
Sénégal
a son parti et l’Etat-Pds est
en marche. Il y a eu même une
réunion de la Dpn ( Ndlr :
Direction
politique nationale du Pds)
qui s’est
déroulée au palais de
la République. Des méthodes
qui avaient été fustigées
par l’opposant Wade qui les
applique
aujourd’hui. Donc,
personnellement,
j’avais des raisons de
craindre
que cet homme accède au
pouvoir
; même si comme tous les
Sénégalais,
tout être humain normal, j’ai
eu quelque espoir.
C’est
là l’aspect peut-être
important de votre livre qui a
essayé
de lever un coin du voile sur
les relations
entre le Sénégal et la
Françafrique, particulièrement
sous le règne de Wade. Est-ce
à dire que vous avez de
sérieuses
inquiétudes à ce niveau
?
Oui. Il y a certains individus
en France
qui sont connus comme
appartenant à
un conglomérat extrêmement
corrosif qu’on appelle la
Françafrique.
La Françafrique, est bien
définie
dans les «Dossiers noirs de la
politique africaine de la
France»
éditée par Agir ici et
Survie, une association pour
laquelle
j’ai écrit d’ailleurs
«France-Sénégal
: une vitrine craquelée»
en 1997. Il y est dit que «la
Françafrique désigne une
nébuleuse d’acteurs
économiques,
politiques et militaires en
France et
en Afrique, organisés en
réseaux
et lobbies et polarisés sur
l’accaparement
de deux rentes : les matières
premières et l’aide publique
au développement. La logique
de cette ponction est
d’interdire
l’initiative hors du cercle
des
initiés. Le système
auto-dégradant
se recycle dans la
criminalisation ;
il est naturellement hostile à
la démocratie».
On le voit bien, nous sommes
dans une
période de haute
criminalisation
au Sénégal à l’heure
actuelle et c’est pourquoi je
parle dans mon ouvrage de Wade
le françafricain.
Il n’est pas étranger aux
exactions françafricaines ; il
en est un membre avec certains
pontes
de la Françafrique, comme
Idriss
Déby, Denis Sassou Nguesso,
Omar
Bongo qui ont d’ailleurs
attaqué
en justice François-Xavier
Vershave
pour son ouvrage auquel j’ai
participé.
Nous avons été attaqués
par ces trois présidents, des
françafricains notoires et
nous
avons parlé au tribunal de
toutes
ces choses qui ont éclaté
en pleine lumière ; les
masques
sont tombés et les juges nous
ont donné raison. On ne peut
pas d’ailleurs diriger un Etat
africain aujourd’hui sans
dénoncer
la françafrique parce que,
comme
je le dis dans mon livre, la
françafrique
produit des cascades
souterraines qui
provoquent des difficultés
telles
que, si on n’a pas une vision,
une lecture de la gestion du
pays, on
tisse la voie du chaos et de
la désolation.
Nous en sommes là. Au Rwanda
, on sait bien ce qui s’est
passé
et en Côte d’Ivoire
aujourd’hui.
Le Sénégal n’est
pas exempt de toutes ces
turpitudes
de l’Afrique de l’Ouest.
Par conséquent, on ne peut pas
considérer que ce pays s’en
ira tranquillement comme si de
rien
n’était et échappe.
Cette vague dévastatrice qui
a fait exploser la Côte
d’Ivoire,
telle une lave, est en train
de couler
vers nous. Il va falloir alors
que l’on
se mette au travail.
C’est
ce à quoi appelle le président
Wade, non ?
Le président Wade n’a pas
les moyens de sa politique. Il
a son
passé qui le dessert ; il y a
aussi que son parti est
libéral
; or, cette notion de
libéralisme
est complètement en déphasage
avec nos réalités
socio-culturelles.
Par exemple, la France, après
la guerre, a dû renforcer
l’Etat
et construire le pays. Le
Sénégal,
aujourd’hui, n’a pas besoin
de moins d’Etat ; au
contraire,
il faut plus d’Etat pour aller
au secours des populations. Le
libéralisme,
c’est quoi sinon cette machine
à broyer que les
altermondialistes
sont en train de remettre en
cause.
Ce
que vous avez appelé alors
dans
votre livre la diplomatie du
microphone
est donc une régression par
rapport
à ce qui se faisait auparavant
?
Tout à fait ! La diplomatie a
ses règles, ses protocoles,
ses
mœurs etc. Elle demande
beaucoup
de finesse. La diplomatie du
microphone,
ce sont certes des sorties
présidentielles
hasardeuses, mais c’est aussi
quelque chose d’incohérent
par rapport à la réalité
d’un pays, comme le nôtre.
Un pays qui fonctionne bien à
travers la cohésion nationale
peut alors exploser sous forme
de diplomatie
et faire du bien un peu
partout. La
diplomatie du microphone,
c’est
aussi «rien ne va chez moi,
mais
je vais faire la diplomatie
planétaire
: aller au G8, dans les grands
rounds
internationaux, porter la
bonne parole».
Or, intérieurement, rien n’est
fait au Sénégal. D’ailleurs
la diplomatie du microphone a
fait beaucoup
de mal au pays. Ce n’est pas
le
ministre des affaires
étrangères
actuel et ses collaborateurs
qui vont
ressusciter nos réflexes et
nos
attitudes diplomatiques qui
ont permis
au Sénégal d’être
connu à travers le monde,
alors
que nous n’avons pas de
pétrole,
pas grand-chose.
Quand
vous êtes venu au Sénégal,
après avoir écrit votre
livre, en tâtant le climat
politique,
économique et social, est-ce
que vous avez eu une
confirmation ou
non que le Sénégal est
en naufrage ?
Lorsque je suis arrivé ici, il
y avait déjà eu cette
agression contre Talla Sylla,
une affaire
qui fait déjà beaucoup
de bruits à Paris. Il y avait
aussi cette atmosphère de
peur.
Personnellement, j’ai écrit
mon livre et j’ai des
convictions.
En 1997, j’ai écrit pour
éviter à mon pays des
problèmes ; aujourd’hui,
j’ai récidivé et
je le fais en âme et
conscience
sans aucune peur.
Par contre, depuis que je suis
arrivé
au Sénégal, j’ai
constaté comme un climat de
terreur
qui règne. On a vu le leader
du Pit, Amath Dansokho, être
menacé
de mort ; ceci après
l’agression
de Talla Sylla. Comme la
violence appelle
la violence, si rien n’est
fait,
tout va aller crescendo et
nous n’allons
jamais nous en sortir, mais
épouser
les contours d’un pays à
ramasser comme certains de nos
voisins.
J’ai l’impression que les
hommes politiques sénégalais,
particulièrement ceux qui sont
au pouvoir, sont en décalage
par rapport au peuple. Ce
peuple est
en avance par rapport à ceux
qui le dirigent. Le problème,
c’est qu’il n’y a
pas possibilité d’accorder
des violons entre le peuple et
les dirigeants.
Le président de la République,
Abdoulaye Wade a été élu
pour satisfaire les besoins
collectifs,
régler les problèmes des
Sénégalais ; mais qu’est-ce
qu’on voit aujourd’hui ?
Des gens qui, auparavant,
n’avaient
pas grand-chose,
s’enrichissent
à une vitesse extraordinaire
et n’hésitent pas à
montrer leurs richesses. C’est
dans ce climat délétère
que le Sénégalais,
naturellement
observateur, finira, si cela
continue,
par se lasser et donc mettre
en danger
l’équilibre de la nation,
parce qu’un ventre vide, c’est
une bombe.
Vous
n’avez pas eu des réactions
d’hostilité de la part
du pouvoir ?
Pas précisément ; mais
quand on observe le climat
politique
sénégalais, je peux dire
que les hommes du pouvoir
actuel ne
doivent pas me porter dans
leur cœur.
Même s’il est question du
Sénégal, j’ai aussi
en tant qu’être humain,
un avis. Je me suis intéressé
en France à mon pays en
essayant
de trouver des voies et moyens
de dénoncer
certaines choses et parfois
faire un
peu de prospective parce qu’il
ne suffit pas seulement de
dénoncer,
il faut proposer quelques
pistes. C’est
en travaillant pour mon pays
-que j’aime
puisque je suis sorti de terre
ici -que
j’ai rencontré sur mon
chemin des gens, en
l’occurrence
le président de la République
qui a été élu au
suffrage universel par les
Sénégalais
et qui, d’ailleurs, les a
remerciés
très rapidement en disant que
sans les journaux français et
anglo-saxons, il n’y aurait
jamais
eu d’alternance au Sénégal.
La presse sénégalaise
est en train de faire un
travail irremplaçable.
Je le dis à la fin de mon
livre
: elle est en première ligne
contre les ennemis de
l’intérieur
et les autres, la
Françafrique.
Je ne voudrais pas être
alarmiste,
mais le début de la dictature,
c’est lorsqu’on commence
à montrer du doigt la presse.
Un prix Nobel d’économie
disait que dans un pays où la
presse est libre, il ne peut y
avoir
de famine. Alors qu’on laisse
la presse travailler et que
l’on
s’occupe du Sénégal
! Vouloir résumer aujourd’hui
le climat politique à une
confrontation
entre l’exécutif et la
presse serait dommageable pour
nos populations.
Sur votre livre,
on peut
formuler des critiques : une
indulgence
accordée à Senghor, une
absence de méthodologie et le
fait de vous servir trop
facilement
des contributions parues dans
les journaux…
Je suis indulgent envers le
président
Senghor parce que ma
génération
l’a connu un peu. Il y avait
en
lui cette forme d’aristocratie
du savoir. On sentait que le
Sénégal
était gouverné, même
si par ailleurs, il se passait
des choses
qui n’étaient pas du tout
normales, voire détestables
comme
ce qui est arrivé à Blondin,
les emprisonnements etc. Dans
l’action
d’un homme, il y a un bilan
positif
et négatif à tirer. Le
jeune Etat du Sénégal
a été dirigé par
Senghor ; donc qui fait la
science politique
sénégalaise commencera
par Senghor. Le Senghorisme
était
moins dangereux pour le
Sénégal
que tout ce qu’on a vu après.
Sans tomber dans un lyrisme
qui pourrait
prêter à caution, la période
senghorienne aussi était
difficile
; il y a eu le choc pétrolier,
la crise du monde agricole.
Mais, nous
avions eu des acquis. Senghor
avait
légué à Abdou Diouf
une façon de gérer. Qu’est-ce
que nous avons vu ? Il n’y a
pas
une continuité de l’Etat.
Nous sommes passés du
Senghorisme
à la désenghorisation.
Abdou Diouf s’installe et fait
du Dioufisme collinien. Diouf
s’en
va et Abdoulaye Wade arrive en
organisateur
méticuleux de ce que les
Sénégalais
appellent la transhumance
politique.
Finalement le Wadisme, c’est
du
Dioufisme dégénéré.
Le Dioufisme était un
nationalisme
sursauteur parce que Diouf a
beau être
un nationaliste, il n’en
demeurait
pas moins un adepte du
mitterrandisme
tropical.
Les contributions sont une
coloration
sénégalaise de mon ouvrage;
c’est le Sénégal
qui donne à travers les
journalistes
et les autres citoyens. A la
lecture
des journaux sénégalais,
beaucoup d’observations
constatent
qu’il y a des articles
merveilleux
et c’est pourquoi je n’ai
pas hésité à m’abreuver
dans «ce brouet des
contributionnistes».
La presse sénégalaise
a donné la parole aux
citoyens,
qui est confisquée par les
hommes
politiques.
Soro DIOP -
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3-
Entretien
avec Landing SAVANE
ENTRETIEN
AVEC LANDING SAVANE
(SECRETAIRE GENERAL
D'AND JEF/PADS)
"Nous
avons vu venir la crise, mais
nous ne
pouvions l'éviter"
Il y a malaise au sein de la
majorité
présidentielle et il résulte
de la crise qui sévit au sein
du Parti démocratique
sénégalais.
En le reconnaissant dans
l'entretien
qu'il nous a accordé, le
secrétaire
général d'And Jëf/Pads,
par ministre d'Etat, ministre
de l'Industrie
et de l'Artisanat, cherche à
tirer la sonnette d'alarme.
D'autant
que, selon Landing Savané, ces
difficultés ne sont pas encore
derrière nous et que
l’expression
de telles contradictions n’a
rien
de bon pour le pays. .
Wal
Fadjri : Le pays vit
une situation
difficile, avec des
déclarations
qui fusent de partout, le tout
résultant
de la démission-reconduction
du Premier ministre Idrissa
Seck. Ce
dernier, quelques jours après
la formation de son
gouvernement, affirmait
que le changement d’équipe
ministérielle était superflu.
A sa suite, le chef de l’Etat
s’est exprimé dans Le Soleil
et dans Jeune Afrique
L’intelligent.
Est-ce pour une telle
atmosphère
que vous aviez fait
l’alternance
?
Landing
Savané : Il est clair
que nous ne nous sommes pas
battus pour
nous retrouver dans une
situation comme
celle que nous vivons
aujourd’hui.
Mais le propre des hommes
politiques
est de faire face à toutes les
situations, même les plus
imprévues.
Celle-là manque de lisibilité
certes, nous sommes cependant
loin d’une
situation irréversible ou
tragique.
Il y a des difficultés au
niveau
du Parti démocratique
sénégalais
(Pds). Fondamentalement, nous
avons
fait l’alternance pour
transformer
le pays. Or ce que nous avons
vécu,
a ébranlé bon nombre de
partisans
de l’alternance qui ne
comprennent
pas ce qui se passe. Il faut
une clarification
afin que nous sachions dans
quelle direction
et avec qui nous devons aller.
Qu’est-ce que And
Jëf fait dans le gouvernement ?
(Il hausse le ton) Mais c’est
ce pourquoi nous y sommes
depuis le
début. Ceux qui posent cette
question, devraient se poser
la question
de savoir ce que And Jëf
ferait
hors du gouvernement ! Notre
place naturelle
et normale, c’est dans le
gouvernement.
De 1993 à 2000, nous sommes le
seul grand parti politique à
avoir soutenu Me Abdoulaye
Wade dans
toutes les épreuves qu’il
a vécues. Nous avons été
l’un des principaux promoteurs
de la Ca 2000. C’est trop
facile,
face aux difficultés que
rencontre
le nouveau régime, de nous
retirer
comme si nous ne portions
aucune part
de responsabilité à assumer.
Si tout était parfait dans le
gouvernement, nous serions
dans le gouvernement.
Avec les difficultés, nous y
sommes. Nous allons au bout de
notre
logique en gardant notre
indépendance,
notre esprit critique, et nous
parlons
à nos partenaires.
Ne vous
sentez-vous pas
prisonnier de cette logique
d’alliance
où vous ne comptez pas
beaucoup
de manière concrète ?
Nous ne sommes pas prisonniers
d’une
logique d’alliance. Nous avons
choisi l’alliance et à
n’importe quel moment, si nous
estimons que cette alliance ne
va pas
dans l’intérêt du
peuple sénégalais, nous
pouvons faire d’autres choix.
Tant que nous considérons que
notre présence dans le
gouvernement
est utile à l’évolution
de notre pays, du système
politique
sénégalais et de notre
économie, nous en assumerons
les conséquences, que
celles-ci
soient avantageuses ou
défavorables.
Pour en revenir à
la situation politique,
comment avez-vous
vécu personnellement les
soubresauts
de ces derniers jours qui ont
abouti
à la naissance du cinquième
gouvernement de l’alternance ?
Vous savez, je suis un homme
connu pour
sa sérénité. Je
suis un roc d’une certaine
façon.
Les choses qui m’ébranlent,
sont peu nombreuses, pas
seulement au
Sénégal mais ailleurs.
En réalité, nous avons
vu venir la crise…
Et
qu’avez-vous fait pour
l’éviter
?
Nous ne pouvions pas l’éviter
parce que nous ne sommes pas
des acteurs
de cette crise. Les problèmes
qui se posaient, concernaient
le Parti
démocratique sénégalais
et pas directement And Jëf,
même
si toute crise au Pds implique
finalement
tout le pays…
Cette crise est
donc avérée
?
En tout cas, à lire tout ce
qui
se trouve dans les journaux, à
voir le traitement qui a été
fait des questions soulevées,
il est clair, et c’est évident
et indéniable pour tous que
des
contradictions sérieuses au
niveau
du Pds se sont développées
au cours de ces derniers
temps.
Jusque dans le
gouvernement
?
Le gouvernement a certainement
été
affecté puisque le Pds en est
la principale composante. Je
ne peux
pas donner les modalités par
lesquelles cette crise a
affecté
le gouvernement, mais je pense
que la
démission du Premier ministre,
puis sa reconduction sont
aussi une
expression des difficultés que
vit le parti du président.
Maintenant,
ces difficultés ne sont pas
encore
derrière nous, il faut le
reconnaître.
Mais l’intérêt du
Sénégal est qu’on
retourne dans une situation où
les préoccupations des
Sénégalais
sont mises au premier plan.
Pensez-vous que
l’action
du président de la République,
depuis le 19 mars, a été
loyale à votre égard et
à l’égard des principes
de l’alternance ?
Je n’aime pas donner ce genre
d’appréciation. Nous sommes
en politique et les partis
politiques
n’ont pas d’amis, mais
seulement
des intérêts. Le président
de la République a défendu
les intérêts de son parti
dans le cadre de notre
coalition, nous
aussi, nous avons défendu les
nôtres. Evidemment, la
situation
hégémonique dans le pouvoir
du Pds fait que les
frustrations sont
davantage de notre côté.
Cela veut-il dire
que vous
subissez cette hégémonie
?
Nous ne subissons pas, mais
effectivement
nous ne décidons pas. Entre
subir
et décider, il y a une grande
marge. Quoi qu’on dise, il y a
négociations et discussions à
un moment ou à un autre, même
si nous n’en définissons
pas les modalités. Pour le
moment,
nous estimons que, dans le
contexte
actuel du Sénégal et dans
la phase actuelle de
l’alternance,
il est de notre devoir de
rester aux
côtés du président
Abdoulaye Wade afin de
poursuivre les
efforts qui puissent faire
avancer notre
pays.
Quoi qu’il arrive
?
Nous n’avons pas dit quoi
qu’il
arrive, et nous ne le dirons
jamais,
car cela ne fait pas partie de
notre
langage. Notre façon de
travailler
est d’analyser toujours, de
manière
concrète, la situation
concrète
dans laquelle se trouve notre
pays avant
de prendre une décision. Le
jour
où nous déciderons que
ce n’est plus possible, nous
le
lui dirons, en toute amitié
d’ailleurs.
C’est donc un fait
que la crise actuelle
rejaillit sur
le gouvernement. Elle
rejaillit aussi
de manière négative sur
la vie de la nation. Est-ce
qu'à
ce niveau, vous ne portez pas
une part
de responsabilité ?
Bien sûr que nous avons notre
part de responsabilité ! Mais
l’essentiel de la
responsabilité,
ce n’est quand même pas
nous, je suis désolé (rires).
Même ceux qui ne sont pas dans
le gouvernement ont leur part
de responsabilité
parce qu’ils ont fait
l’alternance
avec nous…
Finalement, ne
servez-vous
de caution au parti
majoritaire ?
Le pouvoir du Parti socialiste
a vécu
pendant 40 ans et beaucoup de
partis
politiques lui ont servi de
caution.
L’alternance a eu lieu et
personne
n’a reproché à ces
partis-là d’avoir fait
ceci ou cela. La politique est
une pratique
moins linéaire que vous
semblez
l’apprécier. Aujourd’hui,
nous avons appris, nous
continuons d’apprendre
et nous nous comportons selon
les enseignements
que nous tirons de nos
expériences
passées.
Y a-t-il
compromission de
vos chances pour les échéances
électorales à venir ?
Absolument pas ! Au contraire,
mon sentiment
est que mes chances sont tout à
fait intactes pour l’avenir.
Notre
ambition est constante, elle
est de
diriger le Sénégal et
nous le disons à tous ceux qui
veulent nous écouter.
Maintenant,
ce sont les Sénégalais
qui votent. Certains d’entre
eux
comprennent notre démarche et
nous soutiennent, d’autres ne
la comprennent pas, c’est
quelque
chose de propre à tout parti
politique. Je rappelle encore
une fois
qu’il y a des gens qui ont été
au Parti socialiste pendant
longtemps,
on a pensé qu’ils étaient
vomis parce qu’ils étaient
vraiment du Parti socialiste !
Nous
ne sommes pas du Pds, nous
avons notre
parti, notre avons notre
vision et notre
démarche, nous avons un
comportement
dans les ministères que nous
dirigeons, nous avons une
éthique
à laquelle nous nous tenons.
Personne ne peut nous
reprocher, à
ma connaissance, de nous être
compromis dans telle ou telle
chose.
C’est cela qui est important.
L’idéologie au Sénégal
ne fonctionne pas selon des
modalités
sous lesquelles elle
fonctionne ailleurs.
Ici «dagnou khool nit ki,
khool
djikoom, khool dokhali nam».
C’est
cela qu’il nous faut préserver
fondamentalement dans tout ce
que nous
faisons.
Parlant
d’idéologie,
vous êtes dans le
gouvernement,
le Pit est dans l’opposition.
Le dialogue ne vous
semble-t-il pas
impossible ?
Mais non ! Mais non ! Le
dialogue est
tout à fait possible, il est
inévitable, il est même
engagé, et il est même
condamné à aboutir. Par
le passé, le Pit et la Ld/Mpt
ont été dans le gouvernement,
nous non. Mais est-ce que cela
nous
a empêché de nous retrouver
tout naturellement et de
travailler
ensemble ? Absolument pas !
Notre conviction
est qu’à l’avenir,
les mêmes causes vont produire
les mêmes effets. Lorsque la
cause
nationale et populaire doit
imposer
les retrouvailles de la gauche
sénégalaise,
celles-ci auront lieu
naturellement.
Nous sommes en contact
permanent avec
Abdoulaye Bathily, nous
gardons des
relations avec Amath Dansokho
même
si nos partis ne se sont pas
rencontrés
depuis un certain temps.
D'ailleurs,
je vais vous faire une
révélation.
Nous avons décidé au niveau
d'And Jëf de reprendre contact
avec les principales forces
politiques
du pays. J’ai été
voir récemment Moustapha
Niasse
pour lui dire que nous
souhaitons développer
nos relations avec l’Alliance
des forces de progrès (Afp)
parce
que c’est le Sénégal
qui nous unit. J’ai téléphoné
à Ousmane Tanor Dieng du Parti
socialiste et lui ai dit que
je souhaite
le voir pour discuter de la
situation
du pays.
Sont-ce là les
contours
d’une alliance rampante contre
le Pds ?
J’espère que les contacts
pris par le président Wade
avec
ces partis ne sont pas
considérés
comme une alliance contre
nous. Ce pays
est le Sénégal, ce que
nous espérons est que tous les
Sénégalais se parlent.
Le président a lancé le
dialogue national avec la
majorité
d’idées, nous n’avons
pas le droit d’être en reste.
Chaque parti a sa vision et
ses préoccupations,
nous avons les nôtres nous
aussi
à And Jëf et nous voulons
en discuter avec toutes les
forces politiques.
Notre conviction aujourd’hui
est
que le moment est venu de se
parler
pour consolider les acquis
démocratiques
et ouvrir une voie mieux
partagée
vers le développement
économique
et social du pays.
Dans sa dernière
interview au Soleil, le
président
Wade a suggéré, en substance,
de pouvoir intervenir dans le
processus
électoral, d’une manière
ou d’une autre. Ses dires ont
en tout cas été analysés
ainsi. Vous en pensez quoi ?
Je ne sais pas ce que le
président
suggérait, mais ce que je peux
vous dire est que les partis
politiques
au Sénégal sont les défenseurs
de la démocratie en général,
et de la transparence en
particulier.
Personnellement, dans toutes
les discussions
que j’ai eues autant avec le
chef
de l’Etat qu’avec le Premier
ministre Idrissa Seck, ce que
j’en
ai entendu est rassurant et
qu’il
n’est nullement question que
les
acquis démocratiques soient
remis
en cause par le Pds. De toute
façon,
And Jëf assumera toujours
notre
part de responsabilité dans la
défense des libertés
démocratiques.
Nous avons d’ailleurs été
un des seuls partis de la
mouvance présidentielle
à prôner la création
d’une Commission électorale
nationale indépendante (Ceni).
Nous pensons que c’est une
évolution
normale que notre pays doit
connaître
pour créer les conditions
d’une
plus grande sécurité du
processus électoral.
Avec Macky Sall au
ministère
de l’intérieur, la sécurité
de ce processus électoral ne
serait-elle entachée ?
Nous n’avons rien contre la
présence
de Macky Sall ou d’un autre
membre
du Pds au ministère de
l’Intérieur.
Ce n’est pas le ministre qui
nous
intéresse, mais la démocratie.
Un ministre de la société
civile peut ne pas être un
démocrate.
Souvenez-vous qu’à l’époque
du Ps, nous nous étions battus
pour qu’un certain général
ne soit pas à la tête de
l’Onel. Nous jugerons
quiconque
sur les faits.
La théorie du coup
d’Etat debout de Mahmoud Saleh
est-elle, à votre avis, une
déclaration
politique ou une alerte
sérieuse
?
Je ne sais pas. Il est assez
rare qu’un
coup d’Etat soit annoncé
de façon aussi persistante
pendant
autant de mois. J’avoue que
cela
me laisse un peu…. disons
dubitatif.
Un coup d’Etat se prépare
mieux que celui qu’on nous
annonce
depuis des mois.
Vous ne le prenez
pas au
sérieux ?
Je ne dis pas cela, d’autant
plus
que je n’a
i pas rencontré Mahmoud Saleh
et je n’ai pas lu dans la
presse
des éléments en mesure
de me convaincre de la réalité
de ce coup d’Etat. Ce qui est
certain, c’est qu’il y a
une lutte pour le pouvoir sans
que toutefois
nous en connaissions les
modalités
réelles au sein du Parti
démocratique
sénégalais.
Mais cette lutte
pour le
pouvoir menace quand même les
institutions de la République.
Qu’est-ce que vous faites pour
éteindre le feu en train de
couver
sous les cendres ?
Les institutions de la
République
(il marque une pause)…
sont-elles
réellement menacées ?
Avec les deux pouvoirs
exécutifs
qui se font face…
Il est prématuré de parler
de deux pouvoirs exécutifs.
Trois
mois après l’alternance,
les gens réclamaient déjà
un bilan. Ici, on nous dit
qu’il
y a deux pouvoirs alors que le
gouvernement
n’est même pas encore installé
(Ndlr : l’interview a eu lieu
hier juste avant le premier
Conseil
des ministres). Laissez la
nouvelle
équipe s’installer et l’on
verra après s’il y a
effectivement
un ou deux pouvoirs exécutifs.
Il est prématuré de dire
aujourd’hui qu’il y a deux
pouvoirs qui se font face
parce qu’il
y a des ministres d’Etat à
la présidence de la
République,
d’un côté, et un
gouvernement sous la direction
du Premier
ministre, par ailleurs. Moi je
suis
très pragmatique. Il vaut
mieux
voir une fois que de croire
mille fois.
Dans quelques mois, on saura…
Mais la crise est
là
!
Il y a un malaise manifeste
dans l’opinion,
mais enfin l’opinion n’a
pas toujours raison. Ce
malaise ne signifie
pas qu’il va y avoir une crise
majeure. Le président est le
président de la République,
la Constitution lui donne les
pouvoirs
de régler les problèmes
selon sa perception des
choses. Laissons-lui
le temps de s’y atteler. En ce
qui nous concerne, nous nous
attachons
à faciliter la résolution
de ce malaise ainsi souligné.
Les difficultés actuelles sont
révélatrices de…
(hésitations) disons de la
nécessité
d’ajuster un certain nombre de
choses dans les institutions
et dans
la gouvernance. C’est
indiscutable.
Cela va alimenter le débat au
sein des forces politiques. Le
Pit a
proposé des réformes,
nous avions proposé, nous, des
assises politiques, il y a un
an.
Etes-vous
favorables à
une réforme du système
présidentialiste ?
Nous n’avons jamais été
favorables à un système
présidentiel, mais nous étions
dans une coalition à un moment
où nous ne voulions pas créer
des difficultés inutiles. Nous
avons accepté de travailler
dans
ce cadre-là parce que
l’essentiel,
malgré tout, ce n’était
pas le système en lui-même,
mais les résultats. Le système
n’est qu’un moyen. A présent,
la discussion est relancée,
les
uns et les autres devront se
prononcer
là-dessus. Mais
fondamentalement,
notre parti n’est pas pour un
système présidentiel.
Nous voulons un système
parlementaire.
Vous vous
retrouvez embrigadés
dans ce système aujourd’hui.
On ne doit pas regretter
quelque chose.
Nous avons voté la
Constitution,
c’est vrai, mais la politique
progresse par ce qu’on appelle
des leçons de choses. On fait
un choix sur le terrain, ce
choix sur
le terrain s’avère positif
ou négatif, on le corrige.
C’est
ainsi que les sociétés
évoluent. Si la Constitution
a révélé ses faiblesses,
et c’est vrai qu’elle a
révélé ses faiblesses,
il appartient aux partis
politiques
dont nous-mêmes de réfléchir
à des propositions pour la
faire
évoluer.
Vous avez proposé
les assises de l’alternance,
on
ne vous suit pas. La Ld veut
une Direction
politique unifiée, elle n’est
pas écoutée. N’est-il
pas avéré que, concrètement,
vous n’êtes pas associés
à l’exercice du pouvoir
par le président de la
République
et son parti ?
D’abord, ce n’est parce
qu’on propose quelque chose
que
cela doit être accepté.
Mais les propositions
finissent toujours
par avoir un impact. C’est ce
qui s’est passé à
l’époque du pouvoir
socialiste,
quand le Ps refusait la Ceni.
Finalement,
nous avons obtenu l’Onel qui a
permis des avancées
significatives.
Aujourd’hui, nous penchons
pour
des assises nationales alors
que d’autres
proposent des concertations
sur les
problèmes qui se posent. Donc,
nous avançons. Ce n’est
pas seulement la Ld qui a
proposé
une direction concertée, nous
l’avons proposée au même
moment et peut-être même
avant. C’est une proposition
qui
est commune à la Ld et à
And Jëf. Nous y croyons. Et
nous
avons dit au président Wade
que
tant qu’il n’y aura pas
une direction concertée, nous
ne pourrons pas conduire
l’alternance
de la meilleure façon.
Dans le
gouvernement, il
se passe des choses curieuses,
avec
ce report de la passation de
services
entre le général Mamadou
Niang et son successeur Macky
Sall.
Vous irez tout à l’heure
au Conseil des ministres où
aucun
ministre ne sera passé par ce
rituel de la passation de
services.
Va-t-on vers une nouvelle
volte-face
?
Je ne peux pas penser à ce qui
va se faire, car je ne suis
pas un voyant.
Il y a des choses qui nous
surprennent
tous, il faut le dire. Lorsque
Yero
Deh a été nommé
ministre de l’Environnement,
et
que peu de temps après il est
revenu à la Fonction publique,
franchement, je ne peux pas
dire que
j’avais imaginé une telle
évolution. Mais malgré
tout, c’est quand même des
détails, des couacs et il y en
a eu à d’autres remaniements.
On aurait pu
comprendre
que ce fût aux débuts de
l’alternance qui est quand
même
vieille de trois ans.
Oh vieille ! N’exagérons
pas. Elle a pris des couleurs
(rires)…
Lorsqu’on accepte que les
développements
actuels se sont faits sur fond
de crise
interne au Parti démocratique
sénégalais, on peut comprendre
qu’il y ait des problèmes
de cette nature. Un événement
isolé peut sembler bizarre,
mais
si on le remet en contexte,
cela devient
compréhensible. A mon avis, le
plus important est de savoir
où
va le Sénégal. Où
mène-t-on le Sénégal
? C’est la seule question
majeure.
Et à votre avis,
où va le Sénégal
?
C’est la question que les
Sénégalais
se posent. Et il faut qu’au
lendemain
de l’installation du
gouvernement,
la coalition soit en mesure de
les rassurer.
Il y a eu des soubresauts
quelque peu
inquiétants, mais nous allons
nous installer dans le bon cap
et ne
pas nous en sortir.
C’est la même
rengaine à chaque remaniement.
Mille fois sur le métier,
remettez
votre ouvrage. Tant que nous
n’aurons
pas réussi, nous n’aurons
pas le droit de baisser les
bras.
Vous n’avez plus
une
grande marge de manœuvre.
En politique, la marge de
manœuvre
existe. Nous connaissons des
régimes
qui, à certains moments, ont
amorcé un tournant très
net dans une certaine
direction. C’est
une question de volonté
politique.
Il n’est jamais trop tard pour
avoir une volonté politique et
la mettre en œuvre.
Maintenant,
est-ce que nous avons cette
capacité
de changer et est-ce que nous
allons
le faire, ce sont des
questions que
les Sénégalais se posent.
Moi, j’y crois. L’opinion
publique envoie des messages
très
forts en direction du
président
de la République et des partis
de l’alternance. Mon
inquiétude
est qu’il nous faut corriger
nos
erreurs ou, alors, nous serons
confrontés
à des difficultés
insurmontables.
Comment
expliquez-vous la survenance
d’une
telle crise dans un tel
contexte marqué
par un environnement social
apaisé
?
Le pays est dans une situation
normale.
C’est peut-être cela qui
explique la situation de crise
du Pds.
Il y a des contradictions au
sein du
parti présidentiel qui
s’expriment
d’autant plus librement que
nous
sommes dans un pays normal. Si
la situation
était anormale, probablement
que les responsables libéraux
se seraient serrés les coudes.
Ici tout va bien, alors les
ambitions
se développent, les stratégies
diverses s’expriment plus
librement…
Au grand dam des populations.
C’est vrai. C’est vrai que
l’expression de telles
contradictions
n’a rien de bon pour le pays.
Mais on est en politique, moi
non plus
je ne suis pas un enfant de
chœur.
Je sais bien qu’en politique,
les coups se donnent et se
reçoivent.
Est-ce
à dire que la bonne marche de
l’alternance est tributaire
d’un
Pds stable et apaisé ?
Naturellement car c’est la
principale
force gouvernementale.
En tant qu’allié,
que vous inspire la polémique
relative à la réfection
de l’avion présidentiel
?
Dans cette question précise,
le président a fait des
déclarations,
il les a corrigées et
précisées,
c’est tant mieux pour tout le
monde car nous savons
maintenant ce
qu’il en est exactement. Et
peut-être
qu’un des mérites de Abdoul
Latif Coulibaly est d’avoir
permis
de discuter de certaines
questions.
Vous voulez dire
que vous
ignoriez tout ?
Absolument. Je ne sais pas
comment les
budgets des ministères sont
dépensés,
je suis désolé. Je ne
vais pas m’occuper des budgets
des autres ministres.
Franchement, la
question de la réfection de
l’avion
présidentiel ne m’a jamais
concerné au plus haut point.
Une fois que c’est dit, c’est
dit. Où est le problème
?
La
question de la transparence
dans la
gestion des fonds publics dans
ce cas
précis ne vous pose aucun
problème.
Encore une fois, il y a un
Parlement.
Si j’étais député,
je ferais partie de ceux qui
interpelleraient
le président et le parti au
pouvoir
pour demander des
clarifications.
Et
les députés de votre parti
à l’Assemblée nationale…
Mais je pense qu’ils sont
actifs
dans les groupes et
commissions d’enquête
qui se mettent en place parce
que c’est
cela le rôle de la
représentation
parlementaire.
Apparemment,
ce sont des députés de
l’opposition qui ont demandé
et obtenu des commissions
d’enquête,
pas les vôtres.
Enfin… ce n’est pas nécessaire
de venir en parler. Quand il y
a une
dynamique à l’Assemblée
nationale, ce sont tous les
députés
qui sont concernés, les nôtres
comme d’autres. Admettons que
c’est l’opposition qui a
proposé les commissions
d’enquêtes.
Il reste que l’essentiel,
c’est
que cela soit proposé. Ce
qu’il
faut retenir, c’est que….
On
a l’impression que vous
cherchez
à ne pas fâcher le pouvoir
sur certains points.
On a l’impression que vous
cherchez
à me fâcher avec le pouvoir
sur certains points… Bon,
c’est
votre rôle. Moi, quand je
serai
fâché, je n’attendrai
pas que des journalistes
viennent me
fâcher pour me fâcher. Quand
je me fâcherai, cela le sera
de
moi-même et je le dirai de
moi-même.
Ce n’est pas vous qui allez me
fâcher avec qui que ce soit
(rires
appuyés).
Tout de même, n’y
a-t-il pas un certain laxisme
dans la
gestion de l’ordonnancement
des
dépenses publiques ?
Je ne suis pas le ministre de
l’Economie
et des Finances. Mais je dis
que le
laxisme dans l’utilisation des
finances publiques ne date pas
d’aujourd’hui.
Dans l’ancien régime, il
y a eu des choses pires que
celles dont
vous parlez. Ce n’est pas une
justification que je tente ici
et comparaison
ne fait pas raison. De
l’argent
a été dépensé,
la rigueur peut-être n’a
pas été au rendez-vous.
Peut-être, car moi je n’étais
pas présent, je ne sais pas
comment
tout cela s’est passé.
Mais je veux dire que dans
tous les
systèmes politiques, cela se
passe. Dans les plus grandes
démocraties
du monde, ce sont des choses
qui se
passent. Il est normal que la
presse
s’intéresse à fond
à cela, mais ma préoccupation,
ce n’est pas cela (insistance
sur les mots). Mon problème de
fond est le problème du
Sénégal.
Est-ce que ce pays va aller de
l’avant
ou est-ce qu’il va dévier
de la route que les Sénégalais
nous ont tracée ? Dans tous
les
pays du monde, y compris ceux
émergeants,
les budgets d’Etat ont fait
l’objet
de dépenses qui n’étaient
pas réellement maîtrisées
et contrôlées. C’est
cela la réalité. Vous
êtes des journalistes et vous
savez qu’il y a eu des
scandales
en France, aux Usa… Mais…bon.
Encore une fois, je ne veux
pas dire
que comparaison fait raison,
mais il
faut quand même faire la
différence
entre les questions majeures
et les
modalités qui ne doivent pas,
pour nous partis politiques,
être
l’arbre qui cache la forêt.
Il faut s’atteler aux tâches
majeures. Nous devons avoir
des ambitions
pour ce pays, et ces ambitions
sont
à notre portée parce que
les Sénégalais qui ont
fait confiance à l’alternance
attendent beaucoup de nous.
Avec la
bonne pluviométrie de cette
année,
allons-nous réaliser une bonne
campagne… électorale ?
Voilà une bonne
question…(sic).
Je dis campagne électorale…
non, ce n’est pas grave (il se
rectifie) est-ce que nous
allons réaliser
une bonne campagne agricole ?
Voilà
la question la plus importante
pour
des centaines de milliers de
Sénégalais.
Il y a des échéances à
l’horizon, avec Cancun qui se
prépare, l’Omc et ses règles,
le désarmement douanier
généralisé
à l’horizon 2008-2009.
Ces questions me paraissent
beaucoup
plus importantes, et nous
sommes sur
la bonne voie.
Les questions de
transparence
à l’interne ne doivent-elles
pas précéder toutes ces
ambitions au plan
international ?
Tout va ensemble. D’ailleurs,
la transparence n’existe nulle
part dans le monde si nous
nous disons
la vérité. Elle n’existe
nulle part ! C’est un idéal
pour lequel nous nous battons
depuis
des décennies et pour lequel
nous continuons de nous
battre. Mais
nous ne sommes pas des
idéalistes.
Essayons de travailler sur les
questions
majeures. Encourageons les
journalistes.
Je vous félicite pour le
travail
que vous faites afin que la
transparence
progresse dans le pays. Mais
nous, en
tant que forces politiques,
nous sommes
orientés vers la solution des
problèmes des Sénégalais.
Est-ce que Landing Savané
lorgne
le fauteuil du président en
prévision
de 2007 ?
J’ai toujours eu comme
objectif,
en tant qu’homme politique,
depuis
1993, d’accéder à
la magistrature suprême. C’est
un objectif constant et je
crois que
tout le Sénégal le sait.
Je ne le cache pas, c’est tout
à mon honneur. Aujourd’hui,
je suis dans une coalition,
c’est
le cours de l’histoire mais je
ne change pas d’objectif.
Kagne
lay doon (Ndlr : ce sera
quand) ? Dieu
seul sait.
Vous serez
candidat en 2007
alors.
C’est ce que vous voulez me
faire
dire, c’est trop tôt pour
le dire. En 1998, notre
congrès
avait dit que je serais
candidat en
2000. Dieu a fait que je n’ai
pas été candidat. Moi
j’en tire des leçons quand
même. Si deux ans avant, je
fais
une fausse prédiction,
permettez-moi
aujourd’hui de ne pas me
prononcer
quand les échéances sont
encore plus lointaines.
Vous allez encore
être
derrière Me Wade ?
Dites ce que vous voulez, mais
je ne
vous dirai pas ce que vous
voulez entendre
(en wolof). Pour l’essentiel,
nous nous préparons et nous
prenons
le temps de préciser nos
orientations
par rapport à une échéance.
Par
: Abdourahmane CAMARA, Momar
DIENG,
Ibrahima ANNE et Maïmouna NDIR
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4-
Appel
solennel pour un candidat
unique des
forces de l'Alternance
Démocratique
en l'an 2000
FORUM
DES CITOYENS POUR L'ALTERNANCE
Notre
Identité: un groupe
hétéroclite
compose de patriotes et de
démocrates
sénégalais d'obédience
politique diverse: libérale,
nationaliste, panafricaniste,
neo-marxiste
ou meme sans ancrage doctrinal
ou filiation
politique particulière. Notre
point d'accord le plus central
se résume
ainsi: si le Senegal, notre
patrie,
ne réussit pas a accomplir
l'alternance
politique au sommet de l'Etat
en l'An
2000, les risques d'un
naufrage collectif
ne relèveront plus de
projections
pessimistes. Notre cri de
ralliement:
Un demi-siècle de régime
BDS-UPS-PS: cela suffit!
Aujourd'hui
que les legislatives sont
derrière
nous, et que le PS,
objectivement minoritaire
dans le pays, parade son
"écrasante"
majorité parlementaire forgée
à coups de fichier électoral
incohérent et à coups
de subtilités manœuvrières
dans l'agencement des
différentes
formes de scrutin,
l'opposition républicaine,
acquise au combat pour une
alternance
civilisée, n'a plus le droit
de décevoir les attentes de
nos
populations qui, en l'an 2000,
veulent
en majorité ranger le PS à
sa juste place au musée des
antiquités
politiques.
Aucun
sénégalais, aucune
sénégalaise,
n'est dupe quant à la nature
de la manoeuvre en cours. En
effet,
une fois de plus, un président
africain, se prenant pour le
"petit
frère" du bon Dieu, a decidé
de choisir pour nous notre
prochain
leader. En clair, Sa majesté
Abdou 1er, dans une logique du
bulldozer
(qui écrase tout sur son
passage),
déploie avec une sérénité
inquiétante son forage
historique
visant à introniser son
dauphin,
aujourd'hui clairement mis en
selle.
Cette manipulation méprisante
des institutions de la
Republique, il
va sans dire, foule du pied
tous les
symboles et valeurs sacrées de
la conscience citoyenne.
L'héritier
en effet est devenu si cher à
son protecteur que ce dernier
ne cache
meme plus ses "transports
amoureux"
telle cette nomination
simultanée
à la lisière de
l'inconstitutionnalité-
du Premier ministre et de son
superviseur
chargé à la fois de son
intérim et de la nébuleuse
appelée "Services et affaires
présidentiels". Le dauphin,
quant à lui, continue de
s'accrocher
à son refus intelligent de
déménager
de la présidence dont il a
parfaitement
compris le rôle
pivotal et premier dans les
mécanismes
de combine, de manipulation et
de décision,
en cours dans nos régimes
présidentiels
tyranniques.
Au
vu du profond mépris de notre
peuple contenu dans cette
manœuvre
de dévolution du pouvoir
présidentiel,
"Fippu, Sopi, Folli, Jallarbi,
Siggi" et tout autre slogan au
contenu similaire, sont
absolument le
seul ordre du jour dans ce
pays dont
le leadership incompétent, usé
et manœuvrier fait obstinément
avancer à reculons depuis au
moins deux décennies, et
enfonce
dans le mal-developpement
chaque jour
davantage. Leur lourd passif
sera un
fardeau cruel que les
générations
futures traîneront pendant
longtemps.
En plus de l'enlisement du
conflit suicidaire
dans le sud du pays, de la
famine nomadique
qui sévit dans plusieurs
poches
du pays, de la débandade
générale
qui a provoqué une émigration
furieuse des sénégalais
vers toutes les destinations
possibles
et imaginables (y compris la
minuscule
Gambie, et la froide Alaska,
sans parler
des Etats-Unis où semble-t-il
notre communauté serait passée
d'un millier ˆ prés de 27.000
en une décennie), il nous faut
admettre que l'incompétence et
l'incurie gouvernementales, la
corruption,
l'impunité, les caisses
noires,
la concussion, la débauche
morale
et toutes les formes d'orgies,
ont rendu
méconnaissable le beau pays de
Lamine Arfang Senghor, Cheikh
Anta Diop,
Mamadou Dia, Valdiodio Ndiaye,
Abdoulaye
Ly, Magatte Lô, Karim Gaye,
David
Diop, Mariama Ba, Babacar
Sane, Mbamba
Guisse, Bakhao Sall, Djibril
Diop Mambeti
et de milliers d'autres hommes
et femmes
de conviction, de caractère et
de valeur.
L'AN 2000 ET NOUS
L'An
2000 est un virage et un
repère
que nous posons d'abord en
termes de
survie pour notre peuple, et
ensuite
en termes d'espoir et de
nouvelles perspectives
pour notre pays avec
l'inauguration
d'un siècle prometteur et d'un
millénaire tout neuf. Si le
PS,
apres un demi-siècle de
gestion
des affaires de notre pays, et
apres
toutes ses métamorphoses
réelles
ou cosmétiques, n'a pas pu
nous
amener dans un voisinage meme
lointain
de la "Terre promise", il
est juste que nous lui
offrions la chaise
longue de la retraite afin
qu'il aille
ruminer ses erreurs et se
refaire une
nouvelle identité: c'est cela
d'ailleurs le motif et le
fondement
républicains de l'Alternance
démocratique. Pour
ce faire, il n'y a
malheureusement aucune
autre voie que celle d'un
regroupement
sincère, enthousiaste et sans
réserve, au moins un an avant
les présidentielles, autour
d'un
candidat unique de toute
l'opposition
nationale sans exclusive.
Certes si
le Senegal etait une
démocratie
politique et institutionnelle
tant soit
peu crédible, il n'y aurait
aucun
probleme à utiliser le premier
tour des élections comme une
sorte de primaire, laissant
ainsi le
soin au peuple souverain de
désigner
par ses suffrages le candidat
de l'opposition
le plus à même de brandir
victorieusement le drapeau du
changement
et de l'alternance au deuxième
tour, comme cela est advenu
avec succes
au Bénin. Cette présomption
d'un deuxième tour presque
inévitable
est basée sur le fait qu'il
nous
semble invraisemblable
qu'aucun des
candidats potentiels ou
déclarés,
y compris l'actuel president,
puisse
réunir autour de son nom et
dés
le premier tour une majorité
absolue qui respecte en plus
la barre
des 25% de l'électorat
inscrit.
D'où d'ailleurs la prochaine
agression annoncée contre la
Loi électorale et la barre des
25 % par les récidivistes de
la direction du PS connus pour
etre
irrespectueux et
irrévérencieux
à l'endroit de notre
constitution.
Une
autre option, concevable en
théorie,
serait d'organiser une sorte
de primaires
à l'Américaine. Mais de
toute évidence, il semble
difficile
de concocter de telles
consultations
préalables qui auraient permis
à tous les candidats à
la candidature unique de
compétir
pour le vote formel du seul
électorat
partisan du changement, ceci
avant les
élections générales.
Un tel vote, pour se
crédibiliser,
devrait être organise avec
l'appui
bienveillant des pouvoirs
publics. Mais
on sait tous que cela n'est ni
dans
nos mœurs politiques et
constitutionnelles,
ni une option realiste d'ici à
février 2000 pour départager
tous les bons candidats
potentiels d'une
opposition unie.
D'où
qu'il nous faut choisir ici et
maintenant,
sans tergiversations et autres
excuses,
un candidat unique de
l'opposition.
Le choix, à notre humble avis,
doit se faire entre les
grosses pointures
suivantes de l'opposition
nationale:
Me Abdoulaye Wade, Landing
Savane, Djibo
L. Ka, Iba Der Thiam et
Abdoulaye Bathily.
Et si l'on veut ratisser plus
large,
il faudra ajouter d'autres
leaders qui
méritent, certes à des
degrés divers, tout aussi bien
leur place dans le groupe
precité:
il s'agit de Amath Dansokho et
de Madior
Diouf.
AU
NOM DU SENEGAL, DE LA
DEMOCRATIE ET
DE LA REPUBLIQUE
Apres une longue réflexion, et
en dépit de certains
inconvénients
(liés essentiellement à
la perception négative de ses
moments de collusion, encore
vivaces
dans les esprits, avec le
pouvoir de
Diouf), Me Abdoulaye Wade
s'est imposé
à nous comme le candidat de
l'opposition
nationale le mieux placé pour
nous permettre de tester et de
réaliser
enfin l'alternance dans notre
pays en
l'An 2000. L'enfantement
douloureux
d'une telle position va sauter
aux yeux
de tous ceux qui connaissent
les auteurs
de cette déclaration. Mais il
n'en témoigne pas moins d'un
certain mérite puisque notre
sacrifice a été de taire
nos querelles personnelles et
différences
connues avec certains choix de
Me Wade.
Ainsi ce que nous demandons à
toute l'opposition nationale
de faire,
nous nous le sommes d'abord
imposé
au nom des intérêts supérieurs
du Senegal, au nom de la cause
de la
democratie qui bénéficierait
de voir respecter l'option
confisquée
et différée au moins depuis
1988 du peuple pour le
changement, et
enfin au nom des intérêts
bien compris de la Republique
qui rechigne
à voir un même parti aux
commandes pendant prés d'un
demi-siecle.
Bien
qu'il soit loin de nous l’idée
d'imposer une ou des
conditionnalités
quelconques, notre position ne
prend
cependant tout son sens
qu'assortie
de la proposition d'articuler
la candidature
unique de Wade autour de
l'élaboration
dans les meilleurs délais d'un
Programme de Gouvernement
d'Union Nationale
Patriotique de Transition dont
le condensé
simple et didactique sera
notre plate-forme
électorale à tous. Outre
ses volets économiques,
politiques,
sociaux, éducationnels, etc.,
seront clairement énoncées
dans ce Pacte ou Accord (signé
par les partis et par des
personnalités
indépendantes solidaires de
l'effort
visant un seul objectif: le
déménagement
de Diouf et de ses équipes)
les
clauses suivantes:
1)
Abdoulaye Wade sera le
candidat unique
de toute l'opposition
nationale démocratique
et patriotique.
2) S'il remporte les élections
(ce dont il est difficile de
douter
au vu de notre conviction que
le peuple
veut le changement, et de
notre détermination
à défendre notre victoire
par tous les moyens
nécessaires),
le President Wade va convoquer
dans
les plus brefs delais les
grandes assises
de la Concertation Nationale
sans exclusion.
3)
La Concertation nationale fera
le bilan
d'un demi siècle de parti-etat
UPS-PS et s'attachera à
développeur
les programmes sectoriels du
Gouvernement
d'Union Nationale de
Transition.
4)
Le President Wade désignera
son
Premier ministre parmi les
personnalités
suivantes: Landing Savane,
Djibo Ka,
Iba Der Thiam, Abdoulaye
Bathily, Madior
Diouf ou Amath Dansokho.
5)
Apres que Wade aura designé
son
Premier ministre, les autres
personnalités
dans cette liste auront la
garantie
de piloter (ou de confier à un
de leur représentants) un
ministère
de souveraineté tels les
Finances,
l'Education Nationale, la
Defense, l'Interieur,
et les Affaires Etrangeres,
avec rang
de Ministres d'Etat ou
d'occuper les
postes de President de la
nouvelle Assemblee
Nationale ou du Sénat.
D'autres
ministères importants devront
aussi aller à des
personnalités
d'une opposition démocratique
plurielle (ou à leurs partis)
tels Ousmane Ngom, Ongue
Ndiaye, Eli
M. Fall, Bamba Ndiaye, Cheikh A
Dieye,
etc., mais aussi à des cadres
à la competence reconnue et
qui
sont identifiés dans la
societe
civile...
6)
Le président Abdoulaye Wade
s'engagera
à former un cabinet
raisonnable
et restreint de 20 ministres
ou moins
(dont pas moins d'un tiers de
femmes
garanti.)
7) Il dissoudra immédiatement
l'Assemblee Nationale actuelle
et mettra
en place une CENI. Cette CENI,
souveraine
dans toutes les opérations
électorales
jusque et y compris la
proclamation
des résultats provisoires (la
lecture officielle des
résultats
définitifs et le jugement de
la conformité du processus
etant
laissés à la Cour
Constitutionnelle),
sera mise au test par
l'organisation
des elections legislatives
anticipées.
8)
Le President Wade confiera
aussi à
la CENI l'organisation avant
l'an 2002
d'un referendum portant sur
deux questions
essentielles: une sur le choix
entre
le retour au Quinquennat ou le
maintien
du Septennat. Une autre sur le
nouveau
systeme politique senegalaise:
régime
parlementaire ou un régime
présidentiel
atténué. Il s'engagera,
si le peuple fait le choix du
quinquennat,
de remettre le mandat
présidentiel
en competition en
démissionnant
au terme de ses cinq années à
la tête du pays, soit en l'An
2005.
9)
Le president Wade soumettra à
la nouvelle Assemblée une loi
constitutionnelle majeure qui
interdira
toute modification de la
nouvelle Constitution
dans ses principes et
fondements essentiels
(en particulier ceux
concernant les
mécanismes légaux de
dévolution
du pouvoir) qui ne soit pas au
préalable
soumise au processus
référendaire,
de sorte à décourager
et à mettre un terme aux
manipulations
à coups de majorité
parlementaire
mécanique d'un texte aussi
sacré
en république que la
Constitution.
Le president Wade s'engagera à
bâtir un système
institutionnel
et constitutionnel dans lequel
l'indépendance
de la magistrature, la liberté
de la presse et le droit des
citoyens
à une expression libre et sans
restrictions de leurs opinions
seront
du domaine de la loi
fondamentale de
la Republique.
10)
Le president Wade, dans un
geste sans
équivoque, de réconciliation
et remobilisation de toutes
les forces
vives de la nation, devra
promulguer
une Loi d'Amnistie Generale
visant les
dignitaires de l'ancien
régime.
Pour les cas extrêmes de
détournements
notoires ou de gestion
catastrophique
de fonds publics ou de
profits, l'offre
sera faite d'un remboursement
de ce
qui peut être et/ou d'un
réinvestissement
dans le pays. Toutefois, un
audit général
de 40 années de gestion
post-indépendance
devra faire la lumière sur la
dette senegalaise et la
mal-gouvernance
pour l'information des
générations
futures. Ce sont la nos
propositions,
sûrement améliorables,
mais certainement un point de
départ
en vue d'engager un débat
national
vigoureux et serein pour en
finir avec
le PS, et pratiquer enfin
l'alternance,
étape nécessaire en democratie
vers la recherche
d'alternatives pour
la prospérité et la
Renaissance
du Senegal. Parallèlement a
cet
effort colossal pour réaliser
l'alternance, rien ne nous
empêche
de travailler à mettre un
terme
à la confusion que constitue
l'existence d'une trentaine de
formations
politiques dans un pays de 8
millions
d'habitants. Cela a fait le
bonheur
du PS pendant très longtemps
et il faut y mettre un terme.
Une Fédération
des Libéraux et Centristes
Senegalais
pourrait réconcilier au nom de
l'intérêt national Wade,
Ngom, DiaZ, et toutes les
sensibilites
connexes ou voisines. Le
Rassemblement
National Panafricaniste
pourrait regrouper
Landing, Djibo, Iba Der,
Bathily, Dansokho,
Eli Madiodio, Bamba Ndiaye, El
Hadj
Samb, et nous en passons
sûrement.
Réduits ainsi à 4 ou 5
grands partis qui pourront du
reste
bénéficier d'un système
transparent de financement des
formations
politiques, le Senegal pourra
enfin
se bomber le torse et dire à
la face du monde: "Nous sommes
maintenant prêts pour une
démocratie
véritable dans un système
républicain digne de ce nom".
VIVEMENT
L'ALTERNANCE CIVILISEE EN L'AN
2000,
AVANT
QUE D'AUTRES FORMES
D'ALTERNANCE NE
NOUS RATTRAPENT.
PS:
Que tous ceux qui partagent la
vision
développée dans cette
déclaration initient des
pétitions
pour une campagne de
signatures suppliant
nos leaders d'accepter la
candidature
unique de l'opposition
nationale aux
Presidentielles de l'an 2000.
Toute
pétition qui aura collecté
50 à 100 signatures pourra
être
envoyée au leader politique de
votre choix avec une
ampliation à
Me Wade.
Cheikh
Tidiane Gadio. Cheikh M'Backe
Samb.
Pierre Kader Fall. 12 juillet
1998.
Etats unis d'amerique.
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